La violence inscrite dans le corps

Marquée par une histoire physique douloureuse, de violence, d’addictions, mais aussi de troubles alimentaires, Daina Ashbee place cette expérience au cœur de son œuvre.
Photo: Daina Ashbee Marquée par une histoire physique douloureuse, de violence, d’addictions, mais aussi de troubles alimentaires, Daina Ashbee place cette expérience au cœur de son œuvre.

Daina Ashbee a une violence inscrite dans le corps. Elle l’a vue aussi inscrite dans l’histoire des centaines de femmes autochtones assassinées ou disparues au Canada depuis quelques décennies. Et elle en a fait le thème du spectacle de danse Unrelated, qui prend l’affiche ce vendredi soir au MAI (Montréal, arts interculturels).

« Au départ, je voulais développer des mouvements reliés aux cycles violents de l’abus, raconte la jeune chorégraphe de 24 ans. Mais en même temps, j’étais affectée par ce qui se passait dans les nouvelles, les informations au sujet des femmes autochtones assassinées ou disparues. J’ai voulu créer une pièce qui ratissait plus large que mes problèmes personnels. »

Originaire de la Colombie-Britannique, Daina est autochtone par son père, dont les parents étaient cris et métis. « Ma grand-mère vient de la Gaspésie », dit-elle.

Marquée par une histoire physique douloureuse, faite de violence, de dépendances, mais aussi de troubles alimentaires, elle place cette expérience au coeur de son oeuvre.

« Unrelated est une pièce très sombre, dit-elle. Je voulais mettre en scène la vulnérabilité des femmes. » Parce qu’au-delà des statistiques, des rapports de police, des articles de journaux, c’est dans leur chair que les femmes vivent la violence, dans cette vulnérabilité qui tremble et gémit sous les coups.

Déconnexion

Mais par le truchement des deux interprètes, Areli Moran et Paige Culley, Daina Ashbee souhaite aussi exprimer la possibilité de traiter et de transformer cette souffrance.

Le titre de l’oeuvre, Unrelated, fait référence au sentiment de déconnexion des autochtones de leurs racines. « Nous sommes un peuple solidaire, qui aime nous appeler frères et soeurs, mais nous vivons un sentiment de déconnexion. Cette déconnexion est à l’origine de la violence dont nous souffrons. Je veux que les gens puissent sentir cela. »

Daina Ashbee aborde aussi la question de la « relation brisée » que le Canada entretient avec les Premières Nations.

La présentation d’Unrelated, vendredi et samedi, met la table pour la vigile organisée le 4 octobre à la mémoire de ces femmes autochtones assassinées et disparues, entre autres à Montréal et en Estrie.

Les deux organismes Missing Justice et Center for Gender Advocacy organisent cet événement pour sensibiliser le public à ces disparitions. « La GRC a indiqué plus tôt cette année que plus de 1000 femmes autochtones ont été victimes d’homicides entre 1980 et 2012, et [que] 164 ont été portées disparues, écrit à ce sujet Amnistie internationale. Pendant ce temps, les militants autochtones évaluent le nombre de cas comme étant plus proche de 3000. »

À Montréal, le rassemblement débutera à 18 h sur la place Émilie-Gamelin ce samedi.

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