Carmen Romero, force vive du flamenco

Carmen Romero habillée en torero a offert une chorégraphie a palo seco où le rythme affolant et hypnotique des mains et des pieds seyait parfaitement à ce duel feint entre le taureau et le matador.
Photo: Festival Flamenco de Montréal Carmen Romero habillée en torero a offert une chorégraphie a palo seco où le rythme affolant et hypnotique des mains et des pieds seyait parfaitement à ce duel feint entre le taureau et le matador.

Des planches de bois qui tonnent la cadence, une atmosphère d’élégance et velours, du rouge et du noir. Et une interprète de talent, en pleine possession de son art. Il n’en fallait pas plus pour faire honneur au flamenco et ravir un public d’aficionados. La danseuse canadienne Carmen Romero l’a prouvé mercredi soir à la Sala Rossa avec son spectacle « and then… », une création de sa compagnie qui sera présentée dans plusieurs villes au pays (Calgary, Vancouver, Winnipeg) et qu’elle dit avoir faite spécialement pour Montréal et son festival de flamenco qui s’étire jusqu’à samedi.

 

Des chorégraphies toutes neuves, donc, aux accents ludiques et à la mise en scène théâtrale, mêlant flamenco classique et des structures moins traditionnelles, soutenues par des compositions musicales originales. Le premier tableau, aux allures de cabaret chic, dans un dialogue entre un pianiste jazz (Scott Metcalfe) et une Carmen Romero, tout en pureté et en simplicité avec sa robe noire moulante et son époustouflant jeu de castagnettes, a donné le ton à tout le spectacle. Les autres se sont succédé, baignant la salle dans une atmosphère feutrée dont on était rapidement extirpé par les patadas d’une rare vitesse exécutées par la danseuse torontoise. Alliant force et sensibilité, Carmen Romero parfois berce mais surtout réveille, tantôt vibrant de l’intérieur ou explosant littéralement comme une bombe.

 

Après un tientos tango bien senti chanté par le captivant Fernando Gallego au chant accompagné à la guitare par le directeur musical Benjamin Barrile, la danseuse, formée en Espagne mais aussi à Toronto par Paula Moreno, pionnière du flamenco au Canada, est revenue sur scène vêtue d’une flamboyante tenue de torero, dans une chorégraphie a palo seco (sans musique) où le rythme affolant et hypnotique des mains et des pieds seyait parfaitement à ce duel feint entre le taureau et le matador.

 

En deuxième partie, l’intensité a monté d’un cran, toujours dans cette même ambiance drapée de rouge et de noir, cette dernière teinte étant un symbole de force et de puissance pour cette danseuse, qui figure parmi les meilleures au pays. Après une interprétation de Take This Waltz, célèbre chanson de Leonard Cohen revisitée en espagnol par la chanteuse Silvia Temis, Carmen Romero vêtue d’une bata de cola (jupe à longue traîne) a tout donné dans « mi solea », une suite de fandango, solea et jaleo dans laquelle elle s’amuse, vit des moments plus introspectifs, exulte.

 

Profondément habitée, Carmen Romero, debout seule sur scène, suffit. Mais ses musiciens et chanteurs de la joyeuse troupe tissée serrée sont tout autant charismatiques. Et ils semblaient éprouver un réel plaisir à être de la partie, allant jusqu’à risquer, en rappel, quelques pas de danse à l’insistance de la flamenca qui, pour ce clin d’oeil final, s’est pour sa part adonnée au chant, autre expression de l’étendue de son talent.

And Then

Chorégraphie, direction artistique et danse : Carmen Romero. Direction musicale, guitare : Benjamin Barrile. Piano : Scott Metcalfe. Chant : Silvia Temis et Fernando Gallego. Festival flamenco de Montréal, le 10 septembre. En tournée au Canada.