Caroline Planté, la flamme flamenca

Caroline Planté a commencé jeune dans le métier. À l’âge de 7 ans, elle accompagnait son père dans les tablaos flamencos et composait ses premières falcettas.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Caroline Planté a commencé jeune dans le métier. À l’âge de 7 ans, elle accompagnait son père dans les tablaos flamencos et composait ses premières falcettas.

Dans le petit appartement de la guitariste de flamenco Caroline Planté, les planchers élimés craquent un peu comme ceux des cabarets d’Espagne, ces tablaos usés par les souliers de danse. Le reste du décor est à l’image de la jeune femme toute menue et souriante qui nous accueille : d’une authenticité désarmante. « C’est ce que j’ai appris en allant en Espagne. J’ai arrêté de penser à vouloir faire du flamenco comme eux et je me suis dit que j’allais juste être moi. On ne vient pas de là-bas, alors à quoi bon », lance-t-elle d’emblée.

 

Difficile d’imaginer que, à l’aube de ses 40 printemps — qu’elle ne fait pas du tout —, la guitariste porte à elle seule ou presque une grande part la scène musicale flamenco montréalaise. Vocation qui, jusqu’à tout récemment, était assumée en partie par son père, Marcel Planté, « El rubio », grand guitariste flamenco, parmi les pionniers à Montréal. « Je ne suis déjà plus la relève », rigole la jeune femme, qui, avec Benoît Bigham, est à l’origine du Festival de flamenco de Montréal, qui tiendra sa 3e édition du 7 au 13 septembre prochains.

 

Il faut dire que Caroline Planté a commencé jeune dans le métier. À l’âge de 7 ans, elle accompagnait son père dans les tablaos flamencos et composait ses premières falcettas. Adolescente, encore à l’école secondaire, son père l’invitait à monter sur scène avec lui, notamment au Rancho grande, un cabaret qui était à l’époque sur Clark. « J’avais toujours tellement hâte d’y aller. »

 

À 22 ans, la guitare, son gagne-pain pour payer ses études, l’emporte sur la littérature française. Elle en fera finalement sa vie. Pour la rythmique, l’harmonie et la sonorité de la musique. Le trip de gang, surtout. « J’ai été éduquée comme ça. La musique, c’est d’abord un partage. Sans les autres, on est personne », dit-elle avec humilité.

 

Retour au bercail

 

C’est par amour pour son art, et pour assurer sa pérennité, que Caroline Planté est revenue au pays l’an dernier après dix ans d’un pèlerinage en terre espagnole. Partie se perfectionner auprès des grands maîtres, elle y a rayonné comme guitariste — l’une des rares femmes à s’imposer sur la scène flamenca — et comme directrice musicale de la compagnie madrilène Cruceta Flamenco, auprès de son partenaire d’affaires, de création et de vie jusqu’à tout récemment, le danseur Mariano Cruceta. « Mariano et moi, on a bâti beaucoup de choses là-bas. J’y ai encore ma maison, mon chien, notre studio. Mais à un moment donné, c’était devenu incompatible. La crise économique… J’avais besoin de revenir ici, de me retrouver, moi. Là-bas, c’était notre vie, pas ma vie. J’ai décidé de tout laisser. »

 

Pour l’artiste, c’était l’appel du retour au bercail. « Je suis revenue surtout pour me retrouver moi, parce que l’Espagne c’est super, mais mes racines ne sont pas là. J’avais besoin de voir ce que je pouvais faire toute seule, explique-t-elle. Même pour mon disque [8 réflexiones, sorti en 2010],c’était quand même pas moi à 100 %. Quand je suis revenue l’an dernier, j’ai composé plein de nouvelles choses pour mon show dans la 2e édition du festival. Je voulais que ce soit un nouveau départ. Ça fait 32 ans que je joue. Mon but, c’est d’apporter quelque chose ici », souligne la musicienne, qui rêve d’avoir sa propre école de guitare flamenco.

 

Boom de la scène flamenca

 

Avec Benoît Bigham, un aficionado du flamenco — un vrai ! — qu’elle a rencontré dans le détour de son parcours professionnel, Caroline Planté a décidé de se lancer dans le projet fou de faire un festival de flamenco avec presque rien, mais du solide ; des contacts partout en Espagne et, bien sûr, de la passion. Beaucoup de passion. Avec un coup de main ici et là, les deux complices font tout à eux seuls, du site Web à la programmation en passant par les communications et la recherche de commanditaires, la caisse Desjardins des Versants du mont Royal étant le bon coup de cette année.

 

Pour Caroline Planté, consacrer son énergie à nourrir la vitalité de la scène flamenca montréalaise, l’une des plus dynamiques en Amérique du Nord, était un projet de vie tout désigné. « Il fallait qu’il y ait quelque chose pour réunir les gens autour du flamenco », note-t-elle.

 

D’autant que l’art connaît un petit boom. Les écoles de danse, de grande qualité, sont de plus en plus nombreuses, et les lieux pour se produire en spectacle aussi. « J’en parlais quand j’étais en Espagne, de l’engouement qu’il y avait à Montréal pour le flamenco. C’est vraiment très positif pour tout le monde. C’est une chance, croit la guitariste. Je suis très contente de pouvoir participer à l’expansion et à la diffusion du flamenco ici. Je veux pouvoir faire découvrir de grands artistes d’Espagne, mais pas ceux qu’on voit toujours. Benoît était parfaitement d’accord. »

 

Pas de flaflas

 

Humilité, élégance et authenticité. Ce sont là les mots d’ordre de Caroline Planté, qui voue un grand respect pour les danseuses et les musiciens d’ici qui sont allés en Espagne sans jamais se prendre pour d’autres. « Il y a plein de danseuses et d’artistes avec qui je collabore qui font de bons choix, qui ne cherchent pas à imiter ce qu’ils ne sont pas, mais qui demeurent eux-mêmes, dit-elle. Ce ne sont pas des divas. C’est une autre génération d’artistes très humbles malgré tout le talent qu’ils ont », souligne celle qui montera également sur les planches dans Polymorphies, un spectacle éclectique où défileront de nombreux invités.

 

Cette année, le festival promet des rencontres inédites entre le flamenco traditionnel et expérimental, dont certaines croisant même des mélodies de la tradition mystique des soufis et des Turcs ottomans, avec la danseuse Fiona Malena, ou encore des sonorités électroacoustiques. Loin des clichés, les invités, autant danseurs que musiciens et chanteurs, ne feront définitivement pas dans le flamenco de flafla. « Ce n’est pas une carte postale pour touriste, disons », résume-t-elle, pesant ses mots. Que des artistes qui vibrent intensément pour leur art, éclatants de vérité. Comme un vieux plancher qui craque qu’on se serait décidé à vernir.

On surveille…

Dani Navarro, chorégraphe andalou qui est notamment le danseur habituel du guitariste Vicente Amigo et du pianiste Chano Dominguez, dans la création Ramito de suspiros. (Théâtre Rialto, 13 septembre)

Carmen Romero, de Toronto, femme de feu, une véritable « bombe » sur scène et l’une des plus grandes danseuses de flamenco au Canada, se présentera dans And then… (Sala Rossa, 10 septembre)

La relève des meilleures écoles de flamenco de Montréal se présentera en spectacle et donnera le coup d’envoi au festival après une journée d’activités en plein air sur la rue Bernard, qui sera fermée à la circulation. (Théâtre Rialto, 7 septembre)

Un vin aux accents de flamenco

Vin et flamenco. D’aucuns diront que ce mariage ne va pas de soi. Il sera célébré en grande pompe le 13 septembre au Rialto lors d’une « dégustation musicale », une formule 5 à 7 originale issue d’une rencontre entre Caroline Planté et le sommelier François Chartier. Grand mélomane, ce dernier avait beaucoup aimé le disque de la jeune guitariste, qui, en retour, lui a fait cadeau d’une composition inspirée de son vin rouge espagnol, le Ribera del Duero Chartier 2012. Les deux vins du sommelier seront offerts en exclusivité pendant les spectacles durant toute la durée du festival. Quant à la composition, elle sera sur le prochain disque de la guitariste flamenca.