Le retour du fils prodige

Le danseur de ballet et chorégraphe Guillaume Côté, originaire du Lac-Saint-Jean, est reconnu dans le monde... mais peu connu du public québécois.
Photo: Christopher Wahl Le danseur de ballet et chorégraphe Guillaume Côté, originaire du Lac-Saint-Jean, est reconnu dans le monde... mais peu connu du public québécois.

Son arrivée au Festival des arts de Saint-Sauveur (FASS) prend des airs de retour du fils prodige. Guillaume Côté, étoile du ballet canadien, voire mondial, né au Lac-Saint-Jean, est encore peu connu du public québécois. Le danseur et chorégraphe associé du Ballet national du Canada (BNC) a accepté de prendre la barre de la manifestation laurentienne dédiée à la danse et à la musique l’an prochain.

 

D’ici là, c’est-à-dire dès ce jeudi, pour l’ouverture de l’événement, il sera triplement présent sur scène, histoire de se présenter au public tel qu’il est, artiste avant tout : danseur, chorégraphe, mais aussi musicien et compositeur.

 

« Je monte un spectacle cette année pour m’introduire un peu au festival, explique l’artiste trentenaire en entrevue, venu déjà deux fois au FASS danser dans ses soirées de gala. Je ne suis pas connu là-bas. Je voulais montrer un genre d’échantillon de mon travail. »

 

Reconnu de par le monde pour son interprétation des classiques comme Le lac des cygnes et Roméo et Juliette, l’artiste en profitera pour danser un extrait de Giselle avec Svetlana Lunkina, étoile du Bolchoï accueillie au BNC en 2012 au plus fort de la saga qui a secoué la mythique troupe russe — l’attaque à l’acide de son directeur artistique. « C’est ma Giselle favorite dans le monde entier, dit-il. Elle est le summum. »

 

Mais l’artiste porte aussi depuis quelques années le chapeau de chorégraphe, et verse alors volontiers dans une esthétique plus contemporaine qu’il présentera pour la première fois au public québécois. Créé pour le FASS, Dance Me to the End of Love met en scène sept danseurs invités du BNC (excluant Guillaume Côté) sur la musique de Leonard Cohen.

 

« J’ai toujours voulu créer une pièce sur du Leonard Cohen, mais je n’avais jamais trouvé la bonne justification pour utiliser sa musique et sa poésie, confie le créateur. Tout à coup, à cause de sa relation avec Montréal et les Laurentides où il a passé du temps plus jeune, je me suis dit que c’était le moment. »

 

On verra également une autre pièce de groupe, Fractals : A Patter of Chaos, qu’il a conçue pour la jeune troupe torontoise ProArteDanza. Il dansera enfin Body of Work, un solo de son cru dédié à Anik Bissonnette, directrice sortante du FASS et ex-étoile des Grands Ballets canadiens, qui recevait plus tôt cette année un Prix du Gouverneur général pour les arts du spectacle. « Elle a beaucoup fait pour le FASS. »

 

Né au Lac-Saint-Jean, baigné dans la danse dès l’âge de trois ans (ses parents tenaient une école), Guillaume Côté a quitté le nid familial à 11 ans pour aller suivre un stage à l’École du BNC. Il y fera finalement toute sa formation. En cinq ans de vie professionnelle, après un passage au New York City Ballet, il se hisse au rang de danseur principal du BNC et fréquente les scènes du monde à titre de danseur invité.

 

Petit cousin de Jacob’s Pillow

 

Si le corpus qui l’a fait connaître est d’abord classique, le BNC se frotte aussi aux grands noms du néoclassique et des figures plus contemporaines, tels James Kudelka, Wayne McGregor et Marie Chouinard. Pour lui, la rupture marquée entre les mondes néoclassique et contemporain est chose du passé. Un esprit qu’il entend bien répandre à titre de directeur du FASS.

 

« Dans les années futures, ce que j’aimerais amener, c’est un aspect de création. Comme à Jacob’s Pillow [le réputé festival américain qui se tient l’été dans la campagne du Massachusetts], chaque année on aurait une oeuvre originale d’un chorégraphe que je sélectionnerais », annonce-t-il. Le FASS, petit cousin de Jacob’s Pillow ? « J’adorerais. » Il négocie d’ailleurs un projet de partenariat avec le festival, qui partage avec le FASS un décor bucolique, et a déjà fait son choix de « recrue » pour 2015.

 

Il entend donc miser sur des créateurs indépendants, sans pour autant délaisser l’excellence qu’incarnait jusqu’ici la venue de troupes prestigieuses comme Alterballeto ou le Ballet de Hong Kong.

 

« La danse classique, je l’ai dans le coeur, mais c’est quelque chose qu’il faut présenter dans le bon contexte : 60 cygnes sur une petite scène avec de mauvais costumes et sans orchestre, ça ne marche pas… »

 

La tâche qui l’attend l’excite, mais comme elle lui est étrangère, elle le rend aussi un peu nerveux. « La direction d’un festival, ce n’est pas quelque chose que j’avais planifié, c’est un rêve que j’avais pour plus tard », dit-il. Aussi a-t-il accepté à la condition de partager la fonction avec Anik Bissonnette pour l’année en cours, afin d’observer et d’apprendre le métier et « d’être vraiment là à titre de directeur » en 2015, dit celui qui n’aime pas faire les choses à moitié.

 

Mais il constate que son seul carnet de contacts, avec les artistes et diffuseurs qu’il fréquente un peu partout sur la planète danse, peut apporter beaucoup au festival laurentien. « Avec mes ressources, je vais pouvoir faire des liens entre les créateurs d’ailleurs, le réseau canadien et aussi du classique de haut niveau. »

 

Loin de mettre fin à sa carrière artistique en pleine effervescence (il demeure chorégraphe associé au BNC), l’aventure FASS lui permet tout de même de prendre une petite pause estivale de la danse.

 

« J’ai beaucoup de plans pour le futur, mais pour le moment, le festival me tient vraiment occupé », dit celui qui se prépare aussi à un autre tournant, celui-ci personnel : sa conjointe, la danseuse du BNC Heather Ogden, porte leur premier enfant…

La direction d’un festival, ce n’est pas quelque chose que j’avais planifié, c’est un rêve que j’avais pour plus tard

Festival des arts de Saint-Sauveur

Au parc Georges-Filion de Saint-Sauveur, du 31 juillet au 9 août.