Me voici homme, me voici femme

Ils sont 18 et marchent, nus, d’un pas affirmé. Ils sont danseurs, mais avant tout humains. Car Tragédie du Français Olivier Dubois est le récit à la fois grotesque et sublime de leur quête d’humanité.

 

Tous pareils et pourtant si différents. Gros ou petits, tatoués, musclés ou poilus, cheveux rouges, bruns ou blonds. Leur nudité n’est pas sensuelle sous la lumière souvent crue. Elle n’expose pas non plus la vulnérabilité. Trop humaine, elle dit simplement : me voici, homme ; me voici, femme.

 

Pendant un bon tiers de la pièce, alors qu’un même battement tient lieu de musique, ils marchent d’abord un à un, puis deux, quatre et finalement tous ensemble, à la fois maîtres de leurs pas et soumis à leur inéluctable déferlement. Toujours ils font six pas vers le public, six vers le fond de la scène où ils disparaissent puis réapparaissent inlassablement. Jusqu’à hypnotiser le public — ou user sa patience.

 

Soudain un dos courbé, un bras jeté devant, une trajectoire diagonale perturbent le rigoureux défilé. Sans tout à fait briser l’effet de groupe sans presque jamais se toucher, leurs gestes s’exaltent peu à peu jusqu’à la révolte totale. Alors que la musique glisse vers une techno d’abord binaire, puis de plus en plus endiablée.

 

Leurs corps semblent atteints d’une fièvre étrange qu’on pourrait appeler liberté, comme un irrépressible besoin d’être. Mais cette liberté se mue en un chaos aussi contraignant que leur marche initiale. Si bien qu’ils s’affaissent au sol.

 

Et on reprend la marche mais avec plus de grandeur, jusqu’au rituel presque tribal — on dirait à un moment qu’une rave un peu convenue a envahi la scène —, à la course folle, l’exultation totale.

 

Tragédie est une puissante métaphore de notre condition humaine, de nos quêtes d’émancipation essentielles et vaines. Ce n’est toutefois pas une oeuvre pour néophytes de la danse. Avec sa même marche répétée jusqu’à plus soif, ses effets stroboscopiques (un peu complaisants) et sa musique oppressante en finale, elle use les nerfs. Et les pudiques seront peut-être gênés par cette nudité multiple.

 

Mais on ne peut que saluer la capacité d’Olivier Dubois à faire d’une chorégraphie aussi mesurée et abstraite un récit quasi épique. Chapeau également aux éclairages époustouflants qui permettent de passer de la masse aux individus, de l’ordre extrême au chaos sans jamais perdre de vue ni l’un ni l’autre.

Tragédie

De la Compagnie Olivier Dubois

1 commentaire
  • Johanne Thomas - Abonnée 2 mai 2014 14 h 07

    Spectacle ce soir

    Remarquez la phrase ; « Ce n'est pas une oeuvre pour néophytes de la danse »!