Une fable sage et bien plate

Là où on attendait une fresque avant-gardiste autour du terme fuck et de ses nombreux dérivés, on a trouvé une suite de tableaux en à-plat, d'une longueur interminable. Avec si peu de volumes et de contrastes, The Land of fuck (a fable) de la compagnie torontoise Dietrich Group, déçoit plus qu’il ne secoue ou n’émeut.

 

La pièce pour neuf performeurs n’a pas la charge poétique etsubversive de son titre. La scène d’ouverture annonçait pourtant le meilleur. En nous bernant d’entrée de jeu, le cri primal qui lance le drôle de bal se confond entre la jouissance du coït… et la douleur d’un accouchement dont on nous sert le film beau dans toute sa réalité crue.

 

S’ensuit un chaos joyeux des réjouissances alors que débarquent les interprètes depuis le fond de la salle, chacun s’adonnant à une danse distincte, libre et sans fard. Cette vision individualisée du plaisir du corps libre et du mal-être d’un corps réprimé dans ses comportements les plus élémentaires est peut-être le seul le fil d’Ariane de la pièce, si tissu il y a. Car The Land of fuck se résume surtout à une série de scénettes au propos souvent plus vide que volontairement décousu.

 

On a droit à l’énumération du pedigree de chacun des interprètes — traduite en français avec drôlerie —, à une interview en règle sur des émotions non exprimées, à beaucoup de sons discordants et d’éléments dramatiques réduits à leur prétexte, sans déploiement.

 

Entre danse, théâtre et performance, la peudo-fable échappe à la force de chacune de ces formes. Du chorégraphe, on n’avait pourtant vu un Portrait plus prometteur, en 2010.

 

Dans le dernier quart, à nouveau en groupe, en petites danses atomisées, le Dietrich Group décline bien les différents sens du mot fuck, d’un ébat simulé au cri du désaxé en passant par le je-m’en-foutisme… Mais à la fin, à force d’aligner les clichés, la pièce se fout aussi et surtout des spectateurs, d’ailleurs nombreux à sortir. Agacés ? Bousculés ? Probablement simplement ennuyés…

The Land of Fuck (a fable)

Chorégraphie : D. A. Hoskins du Dietrich Group