Il y avait Lock, il y a maintenant Fou glorieux

Marie Lambert-Chan Collaboration spéciale
« Pour le moment, j’ai encore beaucoup de plaisir en studio. Tant que mon corps me le permettra, je poursuivrai. »
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir « Pour le moment, j’ai encore beaucoup de plaisir en studio. Tant que mon corps me le permettra, je poursuivrai. »

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

À 55 ans, l’ex-égérie de La La La Human Steps affirme être plus en harmonie avec elle-même, avec son corps, ses idées, ses sensations. Un sentiment qui n’est pas étranger à sa décision de présenter sa toute première chorégraphie, So Blue.

La dernière année fut exceptionnelle pour Louise Lecavalier. Tout comme les monstres sacrés de la danse Maurice Béjart et Rudolf Noureev avant elle, l’ancienne muse du chorégraphe Édouard Lock a remporté le prestigieux prix international Léonide Massine 2013 en Italie dans la catégorie Danseuse de l’année sur la scène contemporaine. Chez nous, le quotidien La Presse l’a nommée Personnalité de la semaine. Et elle qui était en lice pour le 29e Grand Prix du Conseil des arts de Montréal « pour sa contribution légendaire à la danse contemporaine », la voici aujourd’hui lauréate de cette récompense.

 

Moment présent

 

Bien que reconnaissante de cette pluie d’honneurs, la principale intéressée avoue prendre le tout avec un grain de sel. « Je les apprécie, mais je passe rapidement à autre chose, dit-elle en riant doucement. Parce que c’est dur de survivre en s’associant constamment à ces accolades. Je préfère me concentrer sur le moment présent, mon travail au studio, ma vie à la maison. »

 

La dernière année fut surtout celle où Louise Lecavalier a dévoilé sa première oeuvre chorégraphique en carrière, So Blue, qu’elle interprète d’abord en solo, puis en compagnie du danseur français Frédéric Tavernini.

 

Au son des rythmes hypnotisant du D.J. Mercan Dede, la danseuse livre une performance d’une rare fougue, qui a été applaudie partout sur son passage. « Du début à la fin, son programme So Blue se résume à une explosion de la corporéité la plus vibrante qui soit, a écrit une critique allemande. La Québécoise, entraînée à l’extrême, donne l’impression de tourbillonner de façon incontrôlée à travers la scène, lance ses extrémités dans les airs, se tourne, court, saute et ne manque cependant pas de fixer le public, invitante et entêtée. »

 

Faire des pas

 

Cette incursion dans la chorégraphie s’est faite petit à petit, pratiquement à son insu, déclare-t-elle. « Faire des pas, en inventer, je suis capable de le faire depuis longtemps. Savoir s’ils sont bons est autre chose ! Mais j’ai constaté que les chorégraphes avec lesquels je travaillais s’intéressaient à ce que j’apportais comme mouvement. J’ai toujours eu plein d’idées. Il suffisait maintenant d’avoir le courage de les présenter sur scène. J’ai gagné cette confiance au fil des années, surtout depuis que j’ai fondé ma compagnie Fou glorieux. »

 

La danseuse de 55 ans se dit par ailleurs « plus libre que jamais. On s’imagine que vieillir, c’est se perdre un peu plus chaque jour. Pas moi. J’aime où je suis présentement. L’expérience du passé est là dans mon corps, tout ce que j’ai dansé pendant toutes ces années. Tout est davantage en harmonie, ma tête, mon corps, mes idées, mes sensations et mes sentiments. »

 

So Blue comme hier

 

Le temps ne semble pas avoir d’emprise sur elle. Quiconque assiste à So Blue s’émerveille de la virtuosité de son interprète, de son énergie et des prouesses techniques dont elle fait preuve. Louise Lecavalier, elle, n’analyse pas sa performance à l’aune de son âge. « So Blue est aussi exigeant que l’étaient mes premiers spectacles avec La La La Human Steps quand j’avais 25 ans. Peut-être est-ce parce que je suis très en forme et que j’ai toujours beaucoup exigé de mon corps. De toute façon, je pense que cette pièce a une valeur qui n’est pas déterminée par mon âge, loin de là. »

 

A-t-elle l’intention de chorégraphier un jour pour d’autres danseurs ? Pas pour le moment, répond-elle. « Je n’aime pas être le patron, sauf le patron de moi-même. Je pourrais sans doute diriger des danseurs quand je ne danserai plus moi-même, mais j’aimerais alors travailler avec de jeunes interprètes. » En même temps, Louise Lecavalier s’imagine mal ne plus s’exécuter sur scène. « Pour le moment, j’ai encore beaucoup de plaisir en studio, affirme-t-elle. Tant que mon corps me le permettra, je poursuivrai. »

 

Et ce soir encore, comme c’était pour les soirées des 27 et 28 mars, elle présente So Blue à l’Usine C. Sa tournée se poursuivra jusqu’à la fin de l’année 2015. En parallèle, elle prépare d’autres créations.

 

« J’aimerais présenter une nouvelle pièce l’automne prochain qui serait l’oeuvre d’une autre chorégraphe », déclare-t-elle sans vouloir en dire davantage.

Collaboratrice