L’authenticité ultramoderne d’Israel Galván

Israel Galván, « le plus vieux des jeunes danseurs de flamenco », avoue être toujours à la recherche de sa personnalité.
Photo: Félix Vazquez Israel Galván, « le plus vieux des jeunes danseurs de flamenco », avoue être toujours à la recherche de sa personnalité.

Libre. Vrai. Et avant tout indomptable. Le chorégraphe et danseur Israel Galván, surtout connu pour s’illustrer en dehors des sentiers battus du flamenco classique, ne s’en laisse pas imposer. C’est ainsi qu’en réaction à une commande de monter un spectacle moderne, il créait, il y a dix ans, La Edad de Oro (L’âge d’or), une prestation désarmante de simplicité, très près de la tradition, mettant en scène un danseur (lui), un chanteur et un guitariste. No más.


« C’est né d’une émotion, comme d’une rancoeur. On m’avait demandé de faire un spectacle avec plusieurs musiciens, dans un lieu donné, dans un style moderne. Je me suis dit : “Pourquoi devrais-je faire quelque chose qui soit forcé ?” », raconte-t-il en entrevue téléphonique au Devoir. « J’ai plutôt eu envie de faire quelque chose de plus classique », poursuit-il.

 

L’homme n’aime visiblement pas les étiquettes. On a dit de lui qu’il était rebelle, contemporain et même révolutionnaire. Il est un peu tout ça, mais il est aussi et indéniablement un danseur qui a baigné dans la tradition — avec ses racines andalouses — et un créateur pétri de culture populaire.

 

On lui avait demandé de bâtir une oeuvre flamenca moderne, hors norme, et au fond, même en rejetant l’idée, c’est ce qu’il aura fini par faire en voulant retourner aux sources. « C’était tout aussi étrange de revenir à ce qu’il y avait avant, alors qu’on est que trois personnes sur scène durant une heure et demie. Ça nous oblige à donner le meilleur de nous-mêmes. »

 

Ses complices : les frères Lagos, Alfredo à la guitare et David au chant, ce dernier ayant remplacé l’irremplaçable Fernando Terremoto fils, décédé prématurément en 2010 mais qui était du spectacle à l’origine. « Après 10 ans de voyages, à se suivre, on est comme une famille », souligne Galván, dont le père, la mère et la soeur évoluent dans le monde du flamenco. « Cette relation se reflète sur scène. On sait comment et à quel moment on respire. »

 

Dépouillement

 

Voilà bientôt dix ans de tournée pour La Edad de Oro, mais c’est la première fois que le spectacle sera présenté au Canada. Dans un décor dépouillé, Galván se livre tout entier à la danse, sans pouvoir se défiler d’une quelconque manière. Un face à face authentique avec le flamenco, sans masque ni déguisement. « Ma façon de danser, ma liberté de mouvement et mes rythmes contrastent davantage dans cette oeuvre parce qu’il n’y a aucun concept théâtral ni scénographie », explique le danseur, qui en est à sa troisième visite à Montréal.

 

Réduite à sa plus simple expression, la prestation, une sorte de concentré pur jus de Galván, se veut au plus près de la vérité. « Je veux être authentique en tout. Cette oeuvre est plus pure en matière de flamenco, plus directe. » Le directeur artistique, Pedro G. Romero, l’explique en ces termes : « On parle de la danse de Galván non pas comme [l’expression] d’une nouvelle ère, mais plutôt comme celle de nouveaux aspects de la danse qui proviennent de la profondeur des temps. »

 

Mais en dix ans, l’oeuvre, dont le titre est un hommage et un clin d’oeil au titre du film de Luis Buñuel, a beau n’avoir pratiquement pas changé, elle n’est plus tout à fait la même. Les interprètes non plus. La voix de Terremoto s’est tue et Galván, qui a aujourd’hui 40 ans, a le corps marqué par ses oeuvres. « Je ne suis plus le même. »

 

Mais La Edad de Oro, elle, demeure. C’est le berceau originel. Comme lorsqu’on revient à la maison de notre enfance et que rien, ou presque, n’a changé, illustre le danseur. « On peut y déplacer un cadre ou un meuble, mais l’ambiance est toujours la même. Je veux maintenir le climat de sérénité qui s’en dégage. »

 

Un retour aux sources, donc, en même temps qu’un hommage au flamenco. Pas de doute que le flamboyant Espagnol maîtrise ses classiques, qu’on retrouve ici dans une gestuelle de génie façon Galván : les cambrures de son port altier, ses mains qui tranchent le vide, son grand corps, véritable caisse de résonance, tantôt rigide tantôt secoué de spasmes, comme en proie à un doux démon. On est gentiment déroutés.

 

Et encore une fois, Galván, dont on dit qu’il est « le plus vieux des jeunes danseurs de flamenco », semble condamné à danser seul. « J’ai déjà partagé la scène avec plusieurs musiciens et danseurs, mais j’ai arrêté tout ça. Je me cherche et je serai toujours à la recherche de ma personnalité. Je sens cette obligation constante de me renouveler. Comme un symptôme. J’en ai profondément besoin. »
 

La Edad de Oro

Le 18 mars au Centre national des arts d’Ottawa, les 22 et 23 mars au Vancouver Playhouse, le 29 mars au Royal Conservatory of Music et enfin le 30 mars, à Montréal, au théâtre Maisonneuve de la Place des Arts.

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