Baptême montréalais pour La bayadère

La bayadère est campée dans une vision fantasmée de l’Inde. Le thème est indien, mais la danse est classique et européenne.
Photo: Ballet national d’Ukraine La bayadère est campée dans une vision fantasmée de l’Inde. Le thème est indien, mais la danse est classique et européenne.

Aussi magistral qu’emphatique, La bayadère a connu un baptême occidental tardif. Le ballet phare de Marius Petipa a finalement été remonté intégralement à l’American Ballet Theater en 1980 par l’étoile russe Natalia Makarova. Et Montréal le présente ces jours-ci pour la première fois, interprété par le Ballet national d’Ukraine (BNU), à l’invitation des Grands Ballets canadiens.

 

Créée en 1877 au Bolchoï de Saint-Pétersbourg pour le Ballet impérial, La bayadère est campée dans une vision fantasmée de l’Inde. « Le thème est indien, mais la danse est classique et européenne », dit l’historien de la danse, Vincent Warren. Les femmes sont vêtues d’un sari, mais sur pointes. Couleurs, costumes évoquent cette contrée mystérieuse, mais les pas et mouvements n’ont rien à voir avec les danses aux pieds nus de l’Inde.

 

Le nom du ballet lui-même témoigne d’entrée de jeu de cet orientalisme prégnant. « Le mot bayadère n’est pas connu en Inde, c’est un mot européen basé sur un terme portugais. »

 

Nikiya, danseuse du temple, est amoureuse du prince Solor, lui-même promis à la princesse Gamzatti. S’ensuivent trahisons et vengeances. La bayadère mourra, mais le prince retrouvera son amour dans une vision fantomatique, qui deviendra une scène mythique du répertoire classique, la seule reprise en Occident de 1960 à 1980.

 

« Dans la version originale de Petipa, c’était un grand ballet en quatre actes — ils ont coupé un acte depuis —, avec beaucoup de défilés, de danses de caractère. C’était tellement mélodramatique, surchargé, démodé, que tout ce que nous avons retenu dans l’Ouest pendant longtemps, c’est la scène du royaume des Ombres — des fantômes qui viennent hanter les vivants —, dans l’esprit du ballet blanc », archétype du ballet romantique en tutus blancs, qu’on voit aussi dans Giselle ou Le lac des cygnes, explique M. Warren.

 

C’est Rudolf Noureev qui remontera cette scène le premier en Occident, dans les années 1960, au Royal Ballet de Londres. Il faut attendre 1980 pour assister, de ce côté-ci de l’océan, à la version complète de Makarova, grande ballerine et metteure en scène de plusieurs classiques. Alors qu’en Russie, La bayadère est souvent jouée, le plus souvent dans les versions remaniées de Vakhtang Chabukiani et de Vladimir Ponomaryov pour le Ballet Kirov.

 

« Ça reste une chorégraphie magistrale de Petipa, qui a beaucoup influencé [George] Balanchine, chorégraphe majeur, qui a jeté les bases du langage néoclassique du XXe siècle, note l’historien. La scène des Ombres est transcendante et passe le test du temps ; et l’idée d’une pauvre danseuse amoureuse assassinée, c’est mélodramatique et ça touche encore si c’est bien joué. »

 

La bayadère du Ballet national d’Ukraine, avec l’orchestre des Grands Ballets canadiens, à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts jusqu’au 22 février.

2 commentaires
  • Pierre Jutras - Abonné 21 février 2014 09 h 38

    Un pur enchantement

    Nous avons assisté à cette représentaion hier soir et je dois dire qu'il s'agit d'un spectacle magistral. La danse d'abord, l'interprétation des danseurs puis la musique de Léon Minkus et le décor extrèmement efficace.

    Tous méritaient l'ovation debout et les multiples bravos qu'ils ont reçus.

    • Ginette Masse-Lavoie - Abonnée 22 février 2014 23 h 18

      Entièrement d'accord avec vous!

      Soirée mémorable!

      En même temps, je pensais à ce qui se passe en Ukraine

      C'est troublant.