Casse-Noisette, le ballet étincelle

Dans ce conte de Noël scénique, Clara reçoit en cadeau un casse-noisettes qui, la nuit venue, se transforme en prince. Elle est alors emportée au pays des Anges, des Reines, des Flocons de neige et des Bonbons.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Dans ce conte de Noël scénique, Clara reçoit en cadeau un casse-noisettes qui, la nuit venue, se transforme en prince. Elle est alors emportée au pays des Anges, des Reines, des Flocons de neige et des Bonbons.
En 50 ans, plus de 5000 petites Souris, Rats et Enfants de la fête ont défilé sur la scène de Casse-Noisette aux côtés des danseurs professionnels (et surnuméraires) des Grands Ballets canadiens de Montréal (GBCM). Pour marquer les cinq décennies du ballet que Fernand Nault a adapté du conte d’E.T.A. Hoffman, sur la musique de Tchaïkovski, la troupe a lancé un avis de recherche pour retrouver tous les participants des éditions précédentes. Plus de 600 d’entre eux ont répondu à l’appel. Témoignages choisis. Bien souvent, Casse-Noisette sert de tremplin pour la danse ou pour la vie, offrant une leçon de rigueur et de persévérance. Dans ce conte de Noël scénique, Clara reçoit en cadeau un casse-noisettes qui, la nuit venue, se transforme en prince. Elle est alors emportée au pays des Anges, des Reines, des Flocons de neige et des Bonbons. Vue par plus de deux millions de spectateurs, la production est celle qui a tenu le plus longtemps l’affiche dans une même salle au pays.



1960 - Judith Ouimet

Elle a participé à la naissance de Casse-Noisette en 1964, sous la direction de Fernand Nault. « C’était un homme qui aimait beaucoup les jeunes. Il parlait vite et nous regardait intensément dans les yeux. Il nous amenait à nous dépasser », rapporte-t-elle. Des cinq années où elle a tour à tour incarné un Ange, un Mouton, un Flocon de neige et une Fleur, à titre de boursière puis d’apprentie, Judith Ouimet se rappelle aussi « la grandiose et magnifique » nouvelle salle Wilfrid-Pelletier. « Quand le monde était parti, je venais m’asseoir au milieu de la scène. Je me souviens encore de l’impression de grandeur que je ressentais. » Après avoir enseigné la danse quelque temps, un accident de ski l’a forcée à bifurquer vers la narration pour diverses stations de télévision et de radio dans les années 1980. Mais Judith Ouimet n’a jamais complètement quitté la danse. Elle a collaboré comme recherchiste à plusieurs projets de télé liés à la danse et elle anime depuis 15 ans l’émission Portraits-Danse à la radio CINQ-FM.



1970 - Suzanne Gagnon

Elle a dansé pendant dix ans pour les GBCM, de 1982 à 1992. Mais dès 1975, elle jouait les Enfants de la fête, puis les Espagnoles et les Fleurs, preuve que Casse-Noisette sert souvent d’école. « Ça s’est avéré assez formateur. Ça donnait un premier contact avec la scène et avec toute la rigueur du travail en répétition et le côté directif du ballet. Je me souviens avoir reçu une correction et je ne l’avais pas pris. Par la suite, Mme Chiriaeff avait vu ça positivement, le fait que j’avais du caractère. » Il faut dire que la participation aux auditions de Casse-Noisette était un peu un passage obligé pour cette élève de la première cohorte de l’école Pierre-Laporte, où la fondatrice des GBCM, Ludmilla Chiriaeff, a implanté le programme danse-études. « On était la manne d’enfants dans laquelle les Grands Ballets allaient piger », dit-elle. Son premier rôle fut celui d’un garçon de la fête, comme elle avait les cheveux courts. « J’étais un peu jalouse de mes amies qui avaient toutes de belles robes ! » Au-delà des costumes de rêve, c’est le bonheur de vivre auprès de vraies ballerines qui a marqué l’ex-danseuse. « Le fait de partager les mêmes tutus, ça donnait l’impression de mettre les deux pieds dans le monde professionnel. » Après sa vie de ballerine, Suzanne Gagnon s’est tournée vers l’enseignement de la danse en milieu scolaire. « Je suis totalement investie dans la danse. Elle a pondéré toute ma vie. »



1980 - Catherine Lafortune

L’histoire de Catherine Lafortune avec Casse-Noisette est un véritable conte… dans le conte. Petit et grand Flocon, Espagnole, Orientale, Fleur, elle a joué tous les rôles de Casse-Noisette pendant 16 « superbes années », dit-elle. « À titre de professionnelle, mon premier rôle fut celui de la grand-mère de Clara ; j’avais 18 ans. Le danseur qui tenait le rôle du grand-père est aujourd’hui mon époux, Jacques Demers. » Mme Chiriaeff, qui avait toujours un œil bienveillant sur le jeune couple, leur avait fait laminer une des premières affiches de la troupe en guise de cadeau de noces. Ils célébraient cette année leur 23e anniversaire de mariage.



1990 - Natasha Engel

« Croire et persévérer. » C’est la leçon de vie que Natasha Engel a tirée de l’aventure Casse-Noisette et du rôle de Clara interprété en 1996. « J’ai appris à prendre le risque de croire en mes rêves et c’est cette foi qui m’incite à relever les défis, raconte aujourd’hui la jeune femme, devenue avocate en droit intellectuel dans un cabinet réputé. Il est certain que, sans la danse, je n’aurais pas été la même, d’autant plus qu’elle m’a ouverte sur le monde artistique et m’a donné l’impression d’avoir une place dans le tissu social. Sur une scène, même lorsqu’on est encore jeune, on ressent cette attente du public et ce désir de donner le meilleur de soi-même en échange. »



2000 - Clara Corbo

Pour celle qui incarne Clara dans la production 2013, c’est le rôle chéri de sa (courte) vie. « C’était un de mes rêves de devenir Clara », confie la jeune fille de 11 ans, qui a commencé à danser dès l’âge de trois ans. Elle souhaite ensuite s’attaquer au rôle de Mouton noir, « parce que c’est vraiment très technique ». Elle incarne le rôle-titre du ballet pour une deuxième année consécutive et se rappelle le moment où elle a foulé la scène pour la première fois. « Je me sentais libre. »

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Un ballet en chiffres et en festivités

Pour une quatrième année le Marché de Noël réunit 80 exposants au Palais des congrès. Jusqu’au 8 décembre.

Il y aura lecture du conte d’Hoffman à la Grande Bibliothèque le dimanche 15 décembre. Avec une visite-surprise au menu. Mais chaque soir, une heure avant la représentation, le comédien Jacques Piperni fait la lecture aux enfants. On choisit ensuite parmi eux, au hasard, la Souris du jour, un enfant qui se déguisera en souris et montera sur scène au premier acte.

L’exposition Casse-Noisette, spécialement conçue pour le 50e, se déroule tout le mois de décembre à l’Espace George-Émile-Lapalme de la Place des Arts.

Casse-Noisette réunit 165 personnages sur scène.

Plus de 300 danseurs, concepteurs et participants prennent part à la production.

Les quelque 300 costumes de la production, signés François Barbeau, sont refaits périodiquement, comme les décors, grâce à un investissement annuel de 150 000 $. Un costume coûte en moyenne 2000 $, celui du Roi Bonbon grimpe à 10 000 $.