Danse - Inconfort et complaisance

Trois êtres pris entre l’inconfort et la complaisance de leurs propres désirs et plaisirs se partagent la scène rétrécie de Schizes sur le sundae. Après Acéphale, la chorégraphe Catherine Lavoie-Marcus et le compositeur Michel F. Côté livrent une nouvelle pièce d’une belle cohérence dans son incohérence. Et confirment le parti pris d’une certaine frange de chorégraphes pour un théâtre gestuel minimaliste, dont la dramaturgie repose largement sur une trame sonore étudiée.

 

Dans un espace circonscrit de 12 pieds carrés, les trois danseurs — qui donnent une performance convaincante — semblent condamnés à juguler leurs désirs envahissants et leurs besoins insatiables. Compulsivement heureux, indifférents ou encore inconscients de leur enfermement ? Le huis clos ne le dit pas, évoluant entre l’humour sucré et le goût amer de la condition humaine contemporaine.

 

Il y a dans leur gestuelle répétitive et saccadée quelque chose du réflexe pavlovien. Par deux ou trois fois, alors qu’une rengaine électronique de footwork se fait entendre, ils s’ébranlent tous les trois dans une danse de tics frénétiques, comme soumise au rythme insoutenable. Jusqu’à ce qu’on les retrouve couchés au sol, béats de bien-être, bercés par un environnement sonore de mouettes évoquant une plage au sable chaud. « Schize » signifie d’ailleurs coupure, césure.

 

Des micros captent et amplifient le son de leurs mouvements, ou déforment leur voix répercutant alors la volonté plus que le sens derrière les mots.

 

Tout cela est habile et forme, dans le désordre des petits tableaux successifs, un propos percutant, truculent. Formée au butô, en contact improvisation et en théâtre, Lavoie-Marcus impose une signature forte pour la petite poignée de pièces créées. Mais la force des trames sonores et chorégraphiques de Schizes sur le sundae se diluent un peu l’une dans l’autre. Reposant sur leur écho respectif, aucune ne prend les devants, laissant le spectateur dans un état d’expectative — à l’instar de ses protagonistes.

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