Le grand réveil

Oriri, racine latine du mot origine, signifie naître, se lever, s’élancer hors de. Il y a un peu tout cela dans la chorégraphie du même nom de Sarah Dell’Ava, jeune chorégraphe au talent déjà affirmé, qui livre la pièce de résistance d’un programme double à Tangente.


Les spectateurs entrent dans une salle parsemée de corps allongés aux mains jointes dans ce qui semble être leur dernier repos. Quand l’obscurité annonce le début de la pièce, le vacarme de pierres qui roulent et s’entrechoquent déchire la quiétude. Premier éveil. 


Puis, de leur immobilité première (ou dernière?), les neuf interprètes d’âges et qualités différents se lèvent graduellement dans une atmosphère méditative. Chacun à son rythme mais toujours lentement, ils suivent un même cérémonial, par accumulation: paumes qui se joignent, petites convulsions avant de ramasser puis de laisser choir des poignées de pierres. Entre le poids de la terre et la légèreté de l’âme.


Une fois debout, c’est le grand réveil, ils gambadent ou courent, dans un mouvement circulaire qui domine toute la pièce et qui fait penser à la danse euphorisante des derviches. Ils reviendront au repos pour mieux se relever, dans un mouvement perpétuel.


Cette drôle de ronde est d’abord ponctuée par le son des pierres et des petite clochettes attachées à leurs corps. Puis se déploie une mélodie de tanbur (Pooria Pournazeri).


Tout cela est beau de douceur et de simplicité et surtout d’une étonnante maîtrise de composition pour une si jeune chorégraphe — malgré un petit côté feng shui parfois lassant. Sarah Dell’Ava a été formée d’abord à Genève, puis à l’UQAM (finissante 2009), et reçoit encore aujourd’hui un entraînement notamment en butô auprès de Jocelyne Montpetit. Les quelques pièces qu’elle compte à son actif ont pour quête l’origine du mouvement, la source de son impulsion. Oriri tient presque de la quête ontologique, de l’origine de l’être.

 

Magistral solo


Un court solo signé des Français Christian et François Ben Aïm complétait le double programme, interprété de manière assez magistrale par Aurélie Berland. Ce premier segment tiré de Valse en trois temps oppose une danse décomposée, saccadée, soumise à des forces antagoniques, aux grands airs classiques qu’on associe spontanément au ballet. Ici et là on reconnaît ce dernier, mais surtout déconstruit et truffé de tics chaplinesques. Étonnant. Pour une très agréable soirée passée à Tangente.