Bonbon sucré

Prismes est une véritable orgie chromatique
Photo: Montréal Danse Prismes est une véritable orgie chromatique
Véritable orgie chromatique, Prismes de Benoît Lachambre déballe ses couleurs vives comme autant de niveaux de présence recherchés des six interprètes de la compagnie Montréal Danse. Un jeu audacieux, déridant, mais qui demeure un jeu : pas trop engageant et au dénouement incertain.

Du plus futile et superficiel au plus profond et incarné : il n’y a que Benoit Lachambre pour explorer ces antipodes sans complexe et avec autant de plaisir un peu vicieux. Malheureusement, tous les danseurs ne s’adonnent pas avec la même aisance et le même abandon à cet exercice périlleux.

Les clichés déboulent joyeusement comme les tableaux : les danseurs y paradent comme de mauvais mannequins en mal d’exhibition, vêtus tantôt de robes à traîne aux couleurs chatoyantes et tantôt d’uniformes de chantier de construction. On prend la pause ; en jaillit la symétrie lisse d’une chorégraphie des plus tape-à-l'oeil, sur les rythmes technos d’un dancing club. Symétrie accentuée par la structure en forme de barres parallèles qui tient lieu de décor, où les corps se suspendent, s’exposent, s’étirent pour former des géométries variables.

Puis soudain, un moment de profonde grâce surgit d’un corps torse nu (Elinor Fueter et plus tôt Rachel Harris, qui incarnent le mieux la manière Lachambre) en proie à une étrange et quasi douloureuse extase, parcouru d’ondulations qui font presque disparaître ses traits humains. Ces moments, on en aurait voulu davantage dans cette pièce qui verse un peu trop dans la complaisance du futile ou de l’absurde - une tendance lourde dans les pièces de groupe de Lachambre, qui semble plus enclin à explorer des états limites moins convenus dans ses petites formes (solos, duos).

Mais au fond, lequel de ces états ci-dessus mentionnés est le plus vrai ? Celui où le corps se déforme vraiment ou celui où il épouse la forme facticement ? C’est la question que Lachambre semble s’amuser à lancer à la face des spectateurs en les bombardant de scènes loufoques ou dérisoires. « La représentation n’est pas la réalité ; […] une représentation juste n’est pas une représentation vraie », dira un des interprètes dans un discours un peu éméché, alors que se dandinent les trois femmes aux seins affublés de lumières rouges clignotantes.

Ces juxtapositions du grave et du frivole dérident et déjouent les perceptions des spectateurs. Mais en restant campé dans ces extrêmes, Prismes prend le goût d’un bonbon sucré, sucé si longtemps qu’il banalise le délire qu’il met en scène.

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