Deuils et rupture

Plomb, de Virginie Brunelle
Photo: Alexandre Trudeau Plomb, de Virginie Brunelle

Avec Plomb, Virginie Brunelle marque un pas. Malgré quelques longueurs et une ligne dramatique à étoffer, la jeune chorégraphe relève bellement le défi de mettre en corps et en scène un grand groupe (neuf superbes danseurs).

Avec ce pas, elle franchit habilement la frontière de plus en plus poreuse de la danse et du théâtre. Et avec brio. Sacré talent pour une artiste qui livrait sa toute première pièce en 2007.
 

À travers une suite de tableaux qui mettent un peu de temps à orienter le propos, elle aborde les ruptures et les deuils de l’existence, de la naissance à la mort, très présente dans cette pièce, en passant par la maladie et le fantasme.

 

L’enfilade de scènes ballotte le spectateur entre les émotions extrêmes et intenses. De l’exultation de vivre au désespoir de la solitude, de l’humour au grincement de dents, de l’amour tendre à sa violence. En filigrane, la figure récurrente du duo souligne l’incommunicabilité et la difficulté d’aimer.

 

Credo chez Brunelle, le couple s’estompe ici un peu au profit du groupe et d’autres filiations — paternelle (scène à retravailler) et fraternelle — qui nuancent son propos. Et elle passe avec aisance à la danse d’ensemble. Même si les tableaux de groupe se limitent parfois à donner une dimension chorale aux duos, comme de petits intermèdes.

 

Une scène se démarque, poignante parabole sur le temps qui passe, condensé de toute la pièce. Une femme tenant un bouquet s’avance lentement vers l’avant-scène au milieu du chaos des duos qui s’entrecroisent avec une énergie et un abandon de plus en plus désespérés. Très Pina Bausch…

 

S’ensuit (dans une belle transition) le tableau déchirant d’une femme réconfortée par une autre dans les derniers soubresauts de sa maladie.

 

Tout ça est magnifique et puissant, mais a la mèche un peu courte. Le format des brèves vignettes a le défaut de ses qualités. La tension dramatique est là, superbe, mais pas le temps de la voir de déployer. Et Brunelle aurait la graine pour le tenter.

 

On ne peut s’empêcher de faire des parallèles avec le travail de Dave St-Pierre (quoiqu’en beaucoup moins cabotin) même si Brunelle a clairement imposé sa propre signature depuis six ans. Il y a une espèce de romantisme proprement contemporain chez ces artistes qui cherchent l’absolu pour mieux exalter la flétrissure de l’âme humaine.