Pour en finir avec la noirceur des hommes

Le recours aux forêts décline les voix multiples de la colère qui précède La sagesse des abeilles, parti pris pour la beauté fragile et l’ordre du cosmos.
Photo: Tristan Jeanne-Valès Le recours aux forêts décline les voix multiples de la colère qui précède La sagesse des abeilles, parti pris pour la beauté fragile et l’ordre du cosmos.

Les Escales improbables ont de la suite dans les idées et les spectacles. Après La sagesse des abeilles, l’an dernier, où le philosophe Michel Onfray faisait équipe avec le metteur en scène Jean Lambert-wild, voici Le recours aux forêts, du même tandem.

 

En fait, cette création scénique nous arrive après, mais elle a été conçue avant, en 2009. Elle scelle la première rencontre entre le philosophe et l’homme de théâtre, leur première conversation sur le sort du monde qui semble courir à sa perte avec ses guerres politiques et ses massacres incessants, malgré 5000 ans d’histoire.

 

« C’est dommage de voir que c’est toujours les mêmes folies qui se répètent inlassablement alors qu’on a tous les moyens de les corriger », explique Jean Lambert-wild à propos de ce premier volet de « collaboration intense » avec Michel Onfray. « Ce qui nous unit, c’est l’idée d’une réconciliation que les hommes doivent avoir avec eux-mêmes et avec le monde pour en finir avec le commerce de la folie et de la bêtise, la noirceur des hommes. »

 

Les deux pièces sont indissociablement liées. La première pose le constat cruel, la seconde propose un début de solution. Le recours aux forêts décline les voix multiples de la colère qui précède La sagesse des abeilles, parti pris pour la beauté fragile et l’ordre du cosmos. Face à la vilenie des humains, l’envie d’abdiquer, de se replier est forte. C’est ce que Michel Onfray appelle la « tentation de Démocrite ». Il revisite le mythe du philosophe matérialiste - qui a ouvert la voie aux Socrate, Aristote et Platon - réfugié dans une cabane au fond de son jardin pour se réconcilier avec l’univers, après avoir parcouru le monde et ses horreurs.

 

« Mais Lerecours n’est pas une histoire de repli, insiste Lambert-wild, directeur de la Comédie de Caen -Centre dramatique national de Normandie. Je dirais plutôt qu’on retourne. Nous cherchons toujours un endroit d’où sortir et où retourner. »

 

Le rebelle danseur

 

Porté par un choeur à quatre voix (Fargass Assandé, Elsa Hourcade, Stéphane Pelliccia, Laure Wolf), l’« oratorio » d’Onfray se divise en deux parties, l’une que le metteur en scène compare à la colère de Ronsard et l’autre qui s’approche selon lui de la poésie de Walt Whitman. « La tentation de Démocrite, c’est d’échapper à l’univers corrompu pour trouver un autre monde qui vit avec dignité, dit-il. C’est une belle offensive que tous les hommes et femmes doivent vivre dans leur vie : retourner à l’essentiel. »

 

Le théâtre de Jean Lambert-wild est toujours une quête d’osmose entre plusieurs « médiums ». « J’aime que le théâtre soit lieu de réunion où tous les arts puissent converser », dit-il. Pour évoquer la figure du rebelle qui émerge du texte d’Onfray, bien loin du « personnage » traditionnel du théâtre, le metteur en scène a convoqué « plusieurs poètes », dont la chorégraphe Carolyn Carlson.

 

La plus française des Américaines, qui dirige le Centre chorégraphique national de Roubaix, a concocté un solo avec la collaboration du danseur finlandais Juha Marsalo, qu’elle jugeait taillé sur mesure pour incarner ce texte radical et troublant. « C’est un danseur incroyable, à l’énergie brute », dit-elle au Devoir à propos de celui qui a déjà dansé dans les rangs de la troupe flamande Ultima Vez. « J’ai toujours aimé le solo parce qu’il traite de solitude. On ne fait que partager notre solitude avec les autres. »

 

Marsalo est littéralement baigné (puisqu’il évolue dans un immense bassin d’eau) dans les images du réalisateur François Royet. Moins intimiste que la production vue l’an dernier, Le recours aux forêts s’annonce d’ailleurs plus spectaculaire. La première partie joue sur une illusion d’optique assurée par un effet 3D « pour retrouver les grandes illusions d’optique liées au théâtre d’ombres », signale le metteur en scène. Le compositeur Jean-Luc Therminarias complète le quatuor de créateurs derrière ce premier volet d’une trilogie sur la barbarie des hommes et les manières de s’en libérer.

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Carolyn Carlson, un phare pour la danse française

Née en Californie, Carolyn Carlson est arrivée en France en 1971. Elle est repartie souvent - en Italie, en Finlande -, mais y est toujours revenue, contribuant à l’émergence d’une nouvelle danse française dans les années 1970-1980. Elle vient de fêter ses 70 ans, notamment avec la reprise de sa chorégraphie phare Signes au Ballet de l’Opéra de la Bastille. Si elle quittera en décembre le Centre chorégraphique national de Roubaix, qu’elle dirige depuis 2004, elle mène toujours l’Atelier de Paris, centre de résidences, de formation et de création qu’elle a fondé en 1999. Et sera chorégraphe en résidence pour les trois prochaines années au Théâtre national de Chaillot, où elle prépare une création pour 2014.

 




 
1 commentaire
  • Vanessa Boreau - Inscrite 8 septembre 2013 16 h 48

    Impressionnant

    C'est décidé, j'y vais!