Le dernier saut d’une danseuse de tête

La danseuse Nathalie Buisson en 2006, alors qu’elle monte Cœur en tête, un spectacle-bénéfice dédié à la recherche dans le domaine sous-financé de la neuro-oncologie.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir La danseuse Nathalie Buisson en 2006, alors qu’elle monte Cœur en tête, un spectacle-bénéfice dédié à la recherche dans le domaine sous-financé de la neuro-oncologie.

On dit des héros qu’ils ont du coeur au ventre. La danseuse Nathalie Buisson avait plutôt le sien dans la tête, elle qui aura imposé le respect à sa tumeur cérébrale pendant près d’une décennie en militant activement pour la recherche, la tête haute et la danse toujours au coeur. La terrible maladie l’aura finalement emportée le 25 juillet dernier, à 47 ans seulement.

 

Danseuse « de puissance et d’aplomb », Nathalie Buisson était une danseuse « très athlétique », raconte son grand ami, le danseur et chorégraphe Sylvain Lafortune, qui a fait sa connaissance alors qu’ils étaient tous les deux aux Grands Ballets canadiens de Montréal. « Nathalie n’était pas du tout l’archétype de la danseuse fragile et menue. Les rôles qui lui ont valu le plus de succès étaient d’ailleurs tous très groundés, très enracinés. »

 

Après huit ans aux Grands Ballets, de 1986 à 1993, la danseuse blonde énergique joint la Compañia Nacional de Danza de Madrid, où elle dansera cinq ans. C’est en Espagne qu’elle rencontrera son mari, Luis Pino. De retour au Québec, sa vie bascule en 2004, peu après la naissance de son deuxième enfant. Une crise de convulsions sert de révélateur au terrible diagnostic : une tumeur de cinq centimètres s’est logée au lobe frontal droit. Incurable.

 

Alors qu’elle était danseuse, Nathalie Buisson avait beaucoup milité pour l’amélioration des conditions de vie des danseurs. Femme d’action et de convictions, elle s’engage alors dans une nouvelle lutte : soutenir les recherches de son médecin, le neurochirurgien et neuro-oncologue David Fortin, du Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke (CHUS). Pour elle. Mais aussi pour tous les autres à venir.

 

En 2006, elle monte Coeur en tête, un spectacle-bénéfice dédié à la recherche dans ce domaine sous-financé. Rebelote en 2009, cette fois sous la présidence de Michèle Dionne. Les deux événements auront permis d’amasser plus de 250 000 $. Chaque fois, le milieu de la danse aura répondu présent : de Margie Gillis au Rubberbandance Group en passant par Ginette Laurin ou Andrea Boardman, qui ont dansé pour la science. « Tout le monde aimait Nathalie dans le milieu,rappelle Sylvain Lafortune. Ça peut avoir l’air exagéré, mais ça ne l’est pas. Sa simplicité et sa franchise faisaient vraiment l’unanimité. »

 

Vers les autres

 

Femme « vraie et sans artifices », Nathalie Buisson ne s’est jamais apitoyée sur son sort, conservant pour le monde une passion intacte et s’investissant à fond auprès des autres. Ces dernières années, elle travaillait à la mise sur pied d’un réseau d’entraide destiné à briser l’isolement des personnes atteintes d’une tumeur cérébrale.

 

Tout cela sans jamais perdre de vue les siens, souligne M. Lafortune. « Ses enfants, c’est la raison principale pour laquelle elle s’est tant acharnée à survivre. Elle aura préféré l’action à l’apitoiement. Elle a ainsi accompli beaucoup et laisse un héritage solide et inspirant. »

 

Le départ prématuré de Nathalie Buisson survient quelques années seulement après le décès de son unique frère, Paul Buisson, survenu lui aussi dans la quarantaine. Le caméraman et animateur du Réseau des Sports (RDS) est mort à l’hôpital de Saint-Eustache en avril 2005 après deux arrêts respiratoires. Une enquête du conseil de discipline du Collège des médecins aura permis de démontrer que sa mort est attribuable à une série de décisions jugées inadéquates de la part de deux médecins sur place.

 

Outre son mari et ses enfants, Simon et Noémie, Nathalie Buisson laisse donc dans le deuil sa mère, Ghislaine Patry-Buisson, aussi connue du grand public, cette militante ayant notamment présidé la Fédération des femmes du Québec dans les années 1970. Ses funérailles seront célébrées le lundi 5 août en l’église Sainte-Françoise-Cabrini, à Rosemère.