Le Ballet BC dans les Laurentides

Aniel, d’Emily Molnar, chorégraphe et directrice artistique au Ballet BC.
Photo: Mmichael Slobodia Aniel, d’Emily Molnar, chorégraphe et directrice artistique au Ballet BC.

Le Ballet BC revient au Québec ragaillardi après avoir frôlé la faillite en 2009. La grandeur de la renaissance, mise en lumière à l’ouverture du Festival des arts de Saint-Sauveur (FASS) ce jeudi, porte le sceau d’un artiste bien-aimé de chez nous : José Navas.

Quatre ans après avoir touché le fond, la cadette des compagnies de ballet au Canada semble vivre la saison qui consacre son retour en grâce.

 

En novembre dernier, lors de la présentation d’Aniel, dernière création de la directrice artistique Emily Molnar, le Vancouver Sun décrétait que sa vision de la compagnie commençait à prendre forme. L’année 2013 venait à peine de débuter que le Dance Magazine hissait la troupe au rang des « 25 à surveiller ». Quelques mois plus tard, le prestigieux festival américain Jacob’s Pillow en faisait l’une des 50 élues de sa programmation estivale. Alors que vous lisez ces lignes, le Ballet BC y livre d’ailleurs ses dernières représentations d’un programme dont les Québécois pourront voir l’essentiel dès jeudi au FASS.

 

« Un petit groupe de personnes dévouées a permis à la compagnie de se remettre sur pied », explique au Devoir Mme Molnar, depuis la campagne du Massachusetts, à la veille des représentations de Jacob’s Pillow. Pour sa part, l’ex-muse de John Alleyne, le directeur précédent de la troupe, était « curieuse de voir comment une organisation pouvait se relever » d’un tel marasme.

 

Si la troupe avait déjà une signature plus contemporaine que ses aînées, l’Alberta Ballet et le Royal Winnipeg Ballet, Emily Molnar a accentué cette facture en l’éloignant des pièces intégrales et narratives que privilégiait son prédécesseur. « La compagnie était plus tournée vers ses propres chorégraphies [de John Alleyne]. Je souhaitais qu’elle devienne une plateforme de diverses voix chorégraphiques - d’ici et d’ailleurs -, qu’elle plonge davantage dans le contemporain par opposition au néoclassique. »

 

Et l’une des voix qui ont résolument imprimé leur marque sur le renouveau de la troupe est celle du chorégraphe José Navas, chorégraphe résident du Ballet BC depuis trois ans. Le créateur bien aimé des Québécois a revisité l’icône du ballet classique Giselle en avril dernier, que le Vancouver Sun sacrait « l’oeuvre la plus significative de l’histoire de la compagnie ». Navas a aussi signé l’oeuvre courte Bliss en 2010 pour la troupe de la côte Ouest.

 

De Forsythe à Walerski

 

À voir les extraits du spectacle à venir dans la campagne laurentienne, on ne peut s’empêcher de voir des parallèles entre Ballet BC et certains traits des Grands Ballets canadiens. Emily Molnar reconnaît la parenté - « Nous sommes les deux compagnies de ballet contemporain du Canada » - mais insiste aussi sur les différences. « On est plus petits [18 danseurs], onse concentre beaucoup sur la création et on travaille les pointes - au moins une fois à chaque programme - comme des extensions du corps », dit-elle, rapprochant la troupe de certains modèles européens.

 

La directrice a d’ailleurs dansé pendant cinq ans et chorégraphié pour l’avant-gardiste Frankfurt Ballet, alors sous la direction de William Forsythe, dans les années 1990, avant de devenir première danseuse du Ballet BC. Elle foulait même les planches montréalaises sous cette bannière dans le fulgurant Eidos Telos en 1995, alors présenté par le défunt Festival international de nouvelle danse. Pas étonnant qu’un extrait du duo Herman Sherman de cette époque de Forsythe s’insère - jumelé à un autre duo extrait de Muse de Nicolo Fonte - entre les deux pièces de résistance du programme du FASS.

 

Les deux oeuvres principales qui ouvrent et ferment la soirée laurentienne mettent en valeur tous les danseurs de la troupe. Aniel, création d’Emily Molnar, s’articule autour d’une pièce de style klezmer de John Zorn.

 

« Aniel est vraiment différente de mes autres pièces, habituellement d’un caractère plus philosophique.Celle-ci est volontairement ludique, explique la chorégraphe, qui a mis les danseurs dans des costumes aux couleurs vives. Je voulais me donner le défi de créer une pièce sur du jazz. J’ai eu du mal à trouver et je suis finalement tombée sur une pièce de John Zorn, qui a un incroyable spectre musical, tant comme compositeur que comme saxophoniste. » Zorn y revisite ses racines juives.

 

Pour Petite cérémonie, le jeune chorégraphe français Medhi Walerski - également premier danseur du prestigieux Nederland Dans Theatre - s’est demandé : comment se sentirait-on si l’on vivait dans une boîte ? La pièce explore la dynamique des relations, sous forme de courtes vignettes, reliées par une atmosphère cérémoniale.

 

La seule fois qu’on a vu le Ballet BC à Montréal, c’était en 2002, à l’invitation des Grands Ballets canadiens. Emily Molnar y interprétait Puck dans Songe d’une nuit d’été. Un personnage d’elfe plantureux (Molnar a toujours dominé la scène du haut de ses six pieds) dont elle semble avoir légué à la troupe la magie intelligente, un peu espiègle et déterminée à rebrasser les cartes de la danse canadienne.

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Danse et musique au FASS

Le FASS propose pour la première fois un « spectacle international », genre de gala des étoiles de la danse mondiale dans lequel s’insère notamment un extrait d’A Few Minutes of Lock de Louise Lecavalier, les 27 et 28 juillet.

Le Preservation Hall Jazz Band de La Nouvelle-Orléans lance le deuxième week-end du festival le 31 juillet.

La compagnie italienne Arteballetto présente un programme entier signé du chorégraphe Mauro Bigonzetti (qui en fut le directeur artistique de 1997 à 2007), les 1er et 2 août.

Les Ballets jazz de Montréal ferment la marche des activités payantes du FASS avec le programme de leur 40e anniversaire, vu à Montréal l’automne dernier.