Louise Lecavalier bleue de toutes ses vies

Louise Lecavalier
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Louise Lecavalier

Elle a incarné les vrilles spectaculaires des premiers temps de La La La Human Steps. Et fouillé différents états de corps avec des créateurs triés sur le volet. À 50 ans passés, l’énergique danseuse signe sa première chorégraphie, So Blue.


Sa discrétion et sa modestie tranchent avec le culte iconique de bête de scène qu’on lui voue encore aujourd’hui, malgré son âge et sa tignasse blonde coupée court. Ces contrastes dans la personnalité de Louise Lecavalier se cristallisent dans So Blue, premier cru chorégraphique venu sur le tard.


« Le titre [de chorégraphe] me faisait beaucoup plus peur que le geste [créer du mouvement] lui-même », confie celle qui restera toujours une formidable danseuse avant tout. Et férocement prolifique.


Car on imagine mal la figure rebelle de Human Sex et d’Infante, c’est destroy campée dans un strict rôle d’interprète. Impossible de nier qu’elle a largement contribué à forger le style chorégraphique unique de la première période La La La Human Steps, même si Édouard Lock générait lui-même les mouvements, dit-elle, plus que les artistes actuels, qui comptent beaucoup sur l’apport créatif des danseurs.


Mais la forte personnalité cinétique de Louise Lecavalier s’est toujours doublée d’une soif de rencontres et de partage artistique.


« Une grande collaboration vaut plus… que… faire mes propres choses à moi », avoue-t-elle du bout des lèvres, en précisant aussitôt que le mot « valoir » n’est pas tout à fait juste. « Je suis fascinée par les qualités des autres. Et quand je rentre dans quelque chose, je l’approfondis beaucoup », insiste-t-elle.


On comprend donc la puissante symbiose artistique qui s’est jouée au sein de La La La Human Steps. Et tout le vertige de la création qui s’en est suivi. « Ç’aurait été traumatisant pour moi de passer tout de suite à la chorégraphie. »


Si bien qu’après les feux de la rampe mondiale, la rencontre avec David Bowie, la « physicalité » extrême, celle qu’on appelait la tornade blonde s’est tournée vers d’autres chorégraphes pour trouver de nouvelles manières de bouger.


Le soliste ontarien Tedd Robinson, d’abord, a exacerbé sa fascination pour les détails du mouvement (Cobalt rouge, 2005). Benoît Lachambre a sondé chez elle le degré zéro de l’impulsion du geste et lui a fait apprivoiser la création chorégraphique. (I is Memory, 2006). Le Britannique Nigel Charnock (Children, 2009) et la Canadienne Crystal Pite (Lone Epic, 2006) ont exploité sa fibre plus joueuse et dramatique. Pour constater l’indéniable.


« J’ai réalisé que, finalement, j’ai une intuition du mouvement, note la créatrice. J’ai travaillé tellement d’heures en studio, ça fait des années que je travaille le corps, que je réfléchis, il y a un mouvement du corps qui m’est naturel. »

 

Seule, ensemble


À ce point, la création So Blue en 2012 s’est imposée d’elle-même, comme si toutes ces écritures qu’elle a faites siennes, au fil du temps, avaient besoin de sortir d’elle, transfigurées. « La danse s’additionne, elle ne se soustrait pas. Tout ce que j’ai fait est là en moi, je ne renie rien, mais ça s’est vraiment transformé. »


Même seule à la barre chorégraphique, elle s’empresse de rappeler l’importance des collaborations. Notamment celle de sa répétitrice de longue date, France Bruyère. « C’est beau de travailler longtemps avec quelqu’un parce qu’on parle presque le même langage. »


Puisque les figures du solo et du duo jalonnent tout autant son parcours, la pièce se partage entre ces deux formes. « C’est ce que j’aime le plus. Je n’aime pas beaucoup les danses de gang », avoue-t-elle. Frédéric Tavernini la rejoint donc en deuxième partie de So Blue.

 

L’être bleu


« Je suis passée par toutes sortes d’états en voulant faire cette pièce, raconte-t-elle. Mon premier réflexe pour créer, au départ, c’est souvent la contestation. Mais il n’y a pas que ça en moi. Ce bleu, c’est cette sensation d’être qui englobe tous les contrastes, qui inclut la peine et la joie, des états si extrêmes qu’ils semblent impossibles à coller ensemble et qui, pourtant, vivent à l’intérieur de moi. »


Bleu, donc, comme la couleur de son âme, une âme loin d’être tranquille, « comme quelque chose qui brûle de façon particulière ».


La danse évolue principalement sur des musiques choisies aux harmonies moyen-orientales de Mercan Dede, compositeur montréalais d’origine turque. Pour le reste, la scène demeure dépouillée, hormis les éclairages, qui ra


Depuis la première à Düsseldorf, en décembre, d’autres collaborations l’appellent déjà. Et après ? Ouverte, Louise Lecavalier vit le moment présent. « J’ai commencé à danser en me disant : Ça s’arrête peut-être demain… »


***


La première muse


Malgré tout le chemin parcouru, sa propre compagnie fondée en 2006 et sa forte personnalité artistique, Louise Lecavalier reste profondément marquée par sa relation artistique avec Édouard Lock, dont elle fut la première muse, de 1981 à 1999.


« Je pouvais parler mon propre langage avec Édouard », confie-t-elle. La rencontre déterminante avec le chorégraphe de La La La Human Steps a en partie orienté sa carrière vers l’interprétation. « Après [le Groupe] Nouvelle Aire, j’avais envie de faire une danse différente de ce que j’avais appris et vu. Il y avait tellement de matériel intéressant chez Édouard que je n’ai pas senti le besoin de prendre le chemin de la chorégraphie. »


Ce n’est peut-être pas un hasard si la danseuse a renoué avec ce passé dans A Few Minutes of Lock en 2009, avant de créer sa propre chorégraphie. Sorte de retour aux sources, d’hommage à ses origines avant de danser vertigineusement ses propres gestes.

 

2 commentaires
  • François Desjardins - Inscrit 1 juin 2013 08 h 33

    Doublement admirable!

    Doublement admirable de par le sujet et la qualité de l'article.

    Une petite question: manque-t-il des mots ici?

    Citation [...] Pour le reste, la scène demeure dépouillée, hormis les éclairages, qui ra [...]

  • Éric Turenne - Inscrit 1 juin 2013 14 h 46

    La Photo

    La phot d'Annick de Carufel est tout simplement génial!