Festival TransAmériques - Dana Michel : portrait en noir

La chorégraphe Dana Michel
Photo: Camille McOuat La chorégraphe Dana Michel

« Depuis que j’ai commencé à créer, on a toujours mis l’accent sur le fait que j’étais “a black choreographer making black work” [une chorégraphe noire qui fait de l’art noir] », explique en entrevue Dana Michel, dans un franglais typique de Montréal et du milieu de la danse. Des années plus tard, dans son nouveau solo Yellow Towel, Michel attaque pour la première fois le sujet de ces stéréotypes. Autoportrait en noir.

Sa bougeotte, Dana Michel l’a passée d’abord par le sport. Elle découvre ensuite la danse. « Forcée de chorégraphier » lors de ses études à Concordia, elle est vite remarquée : on la reverra à plusieurs reprises nommée parmi les artistes à surveiller, danseuse et chorégraphe indie de l’underground. Ses pièces, surtout des solos, dont 1976 et Jack, traitent d’identité, de féminité, des clichés et utilisent des images venues de la mode, du sport, des clips et de la pop.


Yellow Towel ? C’est que la petite Dana Michel s’enturbannait d’une serviette jaune pour mieux s’imaginer en blonde. Ce jeu d’enfant sert de point de départ à la nouvelle création. « Depuis mes débuts, on a qualifié mon travail d’urbain, de street, de hip-hop, on a dit qu’il était issu de la danse africaine. Et j’ai fini par me demander pourquoi, pendant ce temps, moi, je fuyais l’identité noire dans mon travail, pourquoi je ne voulais pas en parler. »


« Voilà, Yellow Towel, c’est ma première pièce black. À ma manière. Ce sera black et ce ne sera en même temps pas du tout black, et ça se répète, se contredit et recommence en passant par des zones grises. » La chorégraphe s’y confronte à différents clichés de la négritude. « Ce sujet, étrangement, est une grande part de la conversation, mais la pièce est beaucoup plus éclatée que ça », précise-t-elle, voulant pourtant garder le mystère sur les autres thèmes.


La gestuelle de Michel - images fortes, verticalité, mouvements de bassin, rapport direct au public - y évolue, sans ruptures. « Les traces de ce que j’ai fait restent avec moi. » La naissance de son premier enfant à la fin de l’année dernière « a tout changé, dans le temps, la disponibilité, la manière de bouger » pour cette habituée des questionnements identitaires et de genre. « Le fait de tomber enceinte, ma grossesse, le fait que Roscoe soit là maintenant, tout ça est très, très lié à la pièce, même si je ne comprends pas toujours comment. »


Pour Yellow Towel, Dana Michel travaille pour la première fois la voix, façon spoken word, après avoir longtemps résisté aux mots en danse. Un ajout qui lui a « donné de nouvelles qualités. Je ne savais pas comment m’assouplir avant. Le travail de voix l’a fait. »


À quelques jours de la première, la chorégraphe est surtout étonnée de l’abandon qu’elle a découvert en se frottant à Yellow Towel. « J’ai été forcée de lâcher prise puisque ma vision a explosé en beaucoup trop de directions pour que je puisse continuer à être control freak. C’est complètement chaotique. Je crois que j’ai toujours eu ce côté chaotique, mais là, vraiment… »