Festival TransAmérique - Beauté hors normes

La pièce Beauty Remained..., de la chorégraphe Robyn Orlin, met entre autres en scène une reine de la « récup ».
Photo: FTA Festivals TransAmériques / John Hogg La pièce Beauty Remained..., de la chorégraphe Robyn Orlin, met entre autres en scène une reine de la « récup ».

Elle est venue à Montréal presque en catimini, en 2008, avec un solo présenté aux Escales improbables. Voilà Robyn Orlin de retour par la grande porte du Festival TransAmériques, qui démarre ce mercredi soir et court jusqu’au 7 juin.


Elle s’est fait connaître par ses oeuvres de danse-théâtre qui traquent les contradictions Nord-Sud avec un cynisme décapant. Monument de la danse sud-africaine, habituée des scènes françaises, Robyn Orlin vient poser à Montréal sa plus récente pièce de groupe, dans laquelle elle sonde la beauté hors normes de son pays d’origine.


Dans ses oeuvres au titre-fleuve, elle a traité de la dictature, du racisme (sa pièce-phare Daddy, I’ve seen this piece six times before and I still don’t know why they’re hurting each other, 1998) et des ravages du sida (We must eat our suckers with the wrappers on, 2002), écorchant au passage les valeurs de sa culture blanche. Militante anti- apartheid avant de devenir chorégraphe, elle continue aujourd’hui de porter l’Afrique en elle, y retournant plusieurs mois par année, travaillant avec ses artistes, même si elle réside en Allemagne.


« C’est la seule manière pour moi de comprendre le monde », dit-elle en entrevue au Devoir. L’artiste politique qu’elle est s’attriste toutefois de voir de jeunes Sud-Africains ignorer qui est Nelson Mandela. « Les luttes ont changé, leur nature aussi, les gouvernements, le monde aussi a beaucoup changé. Les contrastes existent pourtant encore, ils ne sont seulement plus noirs et blanc. Il commence à y avoir des noirs très riches et des blancs très pauvres. L’Afrique du Sud vit une période difficile, ce sera intéressant de voir où tout ça mènera. »


Sa verve artistique rebelle s’est assagie un peu avec les années. Elle reconnaît que son cynisme est moins criant dans Beauty remained for just a moment and then returned gently to her starting position…, présenté dès ce jeudi au Festival TransAmériques (FTA), qui se veut après tout une quête de la beauté sud-africaine. Mais elle continue de fustiger les clichés qu’on véhicule à propos du tiers continent en proposant une beauté multiforme, bien loin des paysages enchanteurs ou de la faune exotique des cartes postales.


« La beauté n’est pas là où on l’attend, affirme la chorégraphe en entrevue au Devoir. Elle est dans la manière des gens de survivre. Quand on entend parler de l’Afrique, c’est toujours à propos de sang, de guerre, de famine. Je ne dis pas que ces choses n’existent pas, mais notre capacité de survivre et la manière dont on choisit de le faire, c’est tellement magnifique, c’est là pour moi l’essence de la beauté. »


Ce sens aiguisé de la débrouille, elle le trouve entre autres dans le recyclage de tout et de rien, que les plus démunis élèvent au rang d’un art en soi. La pièce met d’ailleurs en scène une reine de la « récup », et la figure bien réelle de Solly, un itinérant qui promène son chariot d’épicerie décoré de vieux CD dans les banlieues nord-ouest de Johannesburg, apparaît dans les images vidéo du spectacle. Tous les accessoires et costumes sont réalisés à partir de matériaux usagés divers, auxquels Marianne Fassler, designer de mode sud-africaine, a donné une seconde ou tierce vie.


La quête de beauté a commencé en admirant les corps ornementés de jeunes Est-Africains croqués par le photographe Hans Silvester. « Je me suis demandé : pourrais-je trouver de belles images comme ça à Johannesburg ? Non, mais alors quoi ? » La réponse s’est échelonnée au fil d’un long processus de création avec les artistes de la troupe Moving Into Dance Mophatong, figure de proue de la danse sud-africaine.


Si la beauté, fuyante et subjective, ne faisait pas toujours consensus, elle s’est aussi imposée dans les choses simples du quotidien. « Tout le monde s’entend pour dire que la lumière, le soleil est la plus belle chose qu’on trouve à Joburg, car, lorsqu’elle disparaît, la ville devient si sombre et dangereuse. » Si bien que les danseurs s’évertuent tout au long du spectacle à l’empêcher de se coucher.


L’humour, acidulé ou non, n’est jamais bien loin dans l’oeuvre d’Orlin, qui propose des pièces aux facettes multiples et aux formes volontairement éclatées, naviguant entre danse, performance, chants, texte, vidéo, arts plastiques. Chose certaine, le public devrait être entraîné par l’énergie débordante des danseurs-performeurs, autre figure de la beauté à laquelle tous adhéreront volontiers.