Danse - Foisonnant onirisme

Dans Rêve, la danse est très expressive, ample, volubile - et met en valeur l’imposante distribution de quelque 30 danseurs des Grands Ballets canadiens, plutôt rare.
Photo: François Pesant - Le Devoir Dans Rêve, la danse est très expressive, ample, volubile - et met en valeur l’imposante distribution de quelque 30 danseurs des Grands Ballets canadiens, plutôt rare.

Ambitieuse production que ce Rêve des Grands Ballets canadiens de Montréal (GBC). Le chorégraphe allemand Stephan Thoss a créé un univers onirique foisonnant dont l’étrangeté inquiétante reste toutefois en suspens, sans réel aboutissement.


La pièce s’articule autour d’une structure chorégraphique simple. Au premier plan, deux danseurs semblent orchestrer, une fois endormis, l’outre-monde qui s’agite derrière eux. Ou est-ce l’inverse ?


Comme s’ils sortaient des rêves des deux principaux protagonistes, une ribambelle de personnages s’animent alors en arrière-scène, avec la fureur de ceux qui cherchent à sortir du cadre fictif où ils sont enfermés. La danse est très expressive, ample, volubile - et met en valeur l’imposante distribution de quelque 30 danseurs des GBC, plutôt rare.


On va et vient d’un monde à l’autre, du couple de rêveurs en avant-scène aux créatures de leur songe à l’arrière. Une alternance qui finit par devenir rigide, rompue une seule fois quand la rêveuse franchit la limite entre les deux mondes.


En créateur compulsif, Thoss signe toutes les composantes de la création, des costumes au montage musical (conçus avec Daniel Lett) en passant par les décors, les vidéos (avec Robert Beckert) et les éclairages (avec Marc Parent). Ceux-ci, magnifiques, baignent les corps de pénombre, donnant des airs de fête foraine au spectacle des phantasmes.


La musique, composition complexe, mêle magistralement morceaux classiques, textures sonores et accents très cinématiques, et dicte (parfois trop) le drame chorégraphique. Les vidéos, oeuvres en soi, sont saisissantes. Dans ces collages d’inspiration surréaliste, les images abstraites ou figuratives se forment et se déforment comme par osmose, selon un ordre qui défie la logique. Avec un séduisant petit côté « fait main ». Si bien, qu’on en oublie la danse des deux principaux protagonistes.


C’est là que le bât blesse : toutes ces composantes s’affirment avec une telle force que l’ensemble en pâtit un peu. Reste que Thoss, déjà salué aux GBC pour sa courte pièce Searching for Home en 2011, réussit à imposer une atmosphère où les phantasmes flirtent avec l’angoisse, évoquant parfois Cocteau (surtout les vidéos) - quoique le chorégraphe dit plutôt s’inspirer de Magritte. Cela subjugue, mais s’étiole en cours de route à force de multiplier les phantasmes qui, de vaguement effrayants qu’ils étaient, glissent de plus en plus vers la farce.

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