Danse - À la rencontre de l’Autre

La vraie surprise vient de cette soudaine joute fraternelle, exaltée, et visiblement improvisée des deux danseurs masculins.
Photo: Michael Slobodian La vraie surprise vient de cette soudaine joute fraternelle, exaltée, et visiblement improvisée des deux danseurs masculins.

De mémoire, c’est la pièce la plus réussie du chorégraphe Roger Sinha depuis fort longtemps, même si elle pèche un peu par excès gestuel. Il faut dire que la collaboration artistique avec l’ensemble Constantinople fonctionne à merveille.


Sunya se décline en tableaux autour du thème de la rencontre avec l’Autre. La musique du trio aux sonorités évoquant parfois les Mille et une nuits se prête au voyage. Le titre signifie « zéro » en sanscrit et renvoie, pour les cocréateurs québécois d’origine indo-arménienne pour l’un et iranienne pour l’autre, au nouveau départ qui s’impose quand on est immigrant.


La pièce s’ouvre sur un tête-à-tête entre le chorégraphe et le compositeur, musicien de setâr et ici chanteur, Kiya Tabassian, qui arrivent l’un côté cour, l’autre côté jardin. La dialectique s’installe d’entrée de jeu comme un motif récurrent.


Quand les quatre danseurs prennent le relais du chorégraphe sur scène, Tabassian reste au milieu d’eux, porté par la houle de leur mouvement. Si les scènes de groupe donnent lieu à de très belles images, avec ces torses souples et nerveux et le raffinement des mains du bharata natyam, les duos, solos et trio creusent davantage de couches de sens.


Le solo de Thomas Casey, au ras du sol, telle une bête traquée par son ombre ou par l’Autre, témoigne d’un bel usage des technologies de capture de mouvement. Les projections de calligraphies, d’abord décoratives, se chargent de sens quand elles se métamorphosent en foule humaine au milieu de laquelle se perd le danseur.


Magnifique solo aussi de Ghislaine Doté, à la gestuelle plus dépouillée (on en voudrait plus) qui va en s’accumulant, au son baroque de la viole de gambe, avant d’entamer avec sa partenaire Tanya Crowder et Kiya Tabassian un joli tour de chant. Mais la vraie surprise vient de cette soudaine joute fraternelle, exaltée, et visiblement improvisée des deux danseurs masculins.


Rupture intéressante dans la mesure où elle ouvre une brèche dans la chorégraphie, jusqu’ici plutôt fermée sur elle-même, et appelle la réconciliation avec l’Autre en jetant un souffle ludique, léger. Mais rupture de ton tout de même, qui n’a pas le temps d’ouvrir sur autre chose.

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