Eva von Gencsy 1924-2013 - La reine du ballet jazz s’éteint

Dans les années 1950, Eva von Gencsy a incarné les grands classiques du ballet à la télévision de Radio-Canada tels Coppelia et Le lac des cygnes ainsi que les spectacles de variétés qui faisaient alors le beau temps du petit écran.
Photo: Varkony, Biblio Vincent Dans les années 1950, Eva von Gencsy a incarné les grands classiques du ballet à la télévision de Radio-Canada tels Coppelia et Le lac des cygnes ainsi que les spectacles de variétés qui faisaient alors le beau temps du petit écran.

Première ballerine des Ballets Chiriaeff, cofondatrice et chorégraphe des Ballets Jazz de Montréal (BJM Danse), Eva von Gencsy est décédée dans la nuit de mercredi à jeudi, à l’âge de 89 ans.

 

La Hongroise réfugiée au Canada en 1948, après la guerre, a d’abord dansé pour le Winnipeg Ballet (devenu le Royal Winnipeg Ballet) avant d’être invitée à danser à Montréal, en 1953, pour l’autre grande troupe canadienne en devenir : les Ballets Chiriaeff, ancêtre des Grands Ballets canadiens de Montréal (GBC). Elle a alors incarné les grands classiques du ballet à la télévision de Radio-Canada tels Coppelia et Le lac des cygnes ainsi que les spectacles de variétés qui faisaient alors le beau temps du petit écran.
 

« Elle avait une technique classique extraordinaire, très appréciée de Mme [Ludmilla] Chiriaeff, rapporte au Devoir son ami, ex-danseur des GBC, Vincent Warren. C’était une des rares danseuses au Canada capable de faire ses 32 fouettés sur pointe. Et surtout, son âme se projetait à travers sa technique. »
 

En mars dernier, elle donnait encore une classe de jazz pour tous, à l’occasion de la Nuit blanche. Il y a une semaine, la dame participait à la rétrospective des BJM à la Cinémathèque québécoise. C’est là, au terme d’un témoignage « inspiré » sur la trajectoire de la troupe, qu’elle s’effondra, terrassée par une crise cardiaque, selon M. Warren. Réanimée, mais très fragilisée, elle n’est pas ressortie de l’hôpital jusqu’à son décès.
 

« Elle acceptait la mort avec grâce, comme tout ce qu’elle faisait dans la vie », dit-il, aujourd’hui retraité de l’École supérieure de ballet du Québec, dont il dirigeait la bibliothèque.
 

Mme von Gencsy est tombée sous le charme du ballet jazz naissant au début des années 1960.
 

« J’ai trouvé dans le jazz tout ce dont je rêvais : liberté d’expression, rythmes dynamiques remplis d’émotions humaines », confiait-elle l’été dernier, dans une vidéo documentaire réalisée pour les 40 ans des BJM célébrés cette année.
 

C’est en 1972 qu’elle cofonde les BJM avec Geneviève Salbaing et Eddy Toussaint.
 

« Elle était la reine de la danse des Ballets jazz », résume Louis Robitaille, actuel directeur de la troupe, qui a aussi dansé dans ses rangs, dès les débuts.
 

La dame quittera la compagnie sept ans plus tard, après un conflit avec Mme Salbaing, pour prodiguer son enseignement un peu partout en Europe et aux États-Unis.
 

Éternelle optimiste, elle a fait la paix depuis longtemps avec Geneviève Salbaing, dont elle saluait récemment encore le dévouement qui a permis à la troupe de survivre pour regagner ses lettres de noblesse aujourd’hui.
 

Une journée à sa mémoire se tiendra le 10 mai à 17 h à l’École supérieure de ballet du Québec.

2 commentaires
  • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 11 avril 2013 19 h 45

    Émotion

    C'est avec choc que nous apprenons cette nouvelle. Nous avons eu le privilège de rencontrer madame Von Gencsy à quelques reprises. Nous l'avons vue dans de nombreuses créations. Je me souviendrai toujours d'une chorégraphie où la ballerine mimait une machine à laver. C'était drôle et dramatique en même temps. C'est toute une époque qui s'éteint.
    Bon voyage madame Eva.

  • Wilfrid Dubé - Abonné 12 avril 2013 12 h 47

    Un cygne s'incline

    Je suis triste. Madame Eva qui venait de Montréal donner des cours de BJ chez Madame Toumine à Ottawa et qui encourageait ce vieux danseur dans la trentaine à suivre la technique Luigi a tiré sa révérence. Comme à la fin de chaque cours, je vous applaudis. Vous êtes inoubliable.