Danse – Autoportrait de famille

María Pagés. Fière, épanouie, resplendissante.
Photo: © Victoria Hidalgo. María Pagés. Fière, épanouie, resplendissante.

Ce devait être un autoportrait, la danseuse et chorégraphe María Pagés a plutôt semblé nous présenter sa famille, jeudi soir à la Place-des-Arts. D’abord les sept danseurs de sa troupe, tous des virtuoses qui se sont brillamment exécutés dans des chorégraphies réglées au quart de tour, puis les musiciens dont les guitaristes Rubén Lebaniegos, José Carrillo, la chanteuse Ana Ramon, mais surtout le jeune Juan de Mairena à la voix éclatante d’authenticité. Et cette familia flamenca, le public l’a entièrement adoptée.

C’était pourtant bien d’elle dont il s’agissait, reconnaissable à sa silhouette sculpturale, son corps son énergie tonifiante et communicative et surtout ses bras robustes, mais aériens, qui n’en finissent plus de se déployer dans l’espace. C’était la Pagés que le chorégraphe russe Mikhaïl Baryshnikov voulait découvrir en l’invitant à créer tout en danse et en musique, un portrait d’elle-même, plus intimiste et empreint de maturité, qui a vu le jour pour la première fois au Forum Theater de Tokyo en 2008.

Sur un fond de poésie portée par les mots de Hernandez — sublissime «Berceuse de l’oignon» — Machado, Garcia Lorca et autres, María Pagés s’exhibe de tableau en tableau, se dessine à grands traits, parfois plus finement, avec une certaine pudeur. On assiste à une démarche personnelle exploratoire, qui oscille entre des moments de doutes et la libération de pouvoir enfin se montrer tel qu’elle est; une femme de 50 ans, au sommet de son art.

Studio, scène, tournée

Le public s’est laissé prendre la main et guider dans son univers fait de répétitions en studio, de prestations sur scène, de loges et de tournées. Avec humour et sobriété — sous un éclairage un peu trop simpliste —, on y découvre une Farruca nouveau genre, loin des rythmiques traditionnelles de cette danse normalement exécutée par des hommes, un martinete plus classique et une finale en alegria, réjouissante et jubilatoire à souhait. Comme quoi la mélancolie, parfois lourde et paralysante, ne fait pas partie du vocabulaire de María Pagés.

Des prestations solos de la protagoniste — seule devant miroir vêtue d’une simple robe noire ou dansant sur la voix enregistrée du regretté José Saramago qui dit un poème — complètent le spectacle. Et toujours dans une ambiance chaleureuse, María Pagés, humble et complice, fait la part belle à ses danseurs, sa famille. Les femmes en kimonos, les hommes en complet, canne à la main, le tanguillo, dans lequel elle s’adresse au public en français pour parler de la vie de tournée et de sa compagnie — avec qui elle passe plus de temps qu’avec son mari, nous dit-elle —, en est sans doute le meilleur exemple.

Que dire d’autres sinon qu’on aurait voulu un peu plus de tout, de poésie, de chant, de danse. Et peut-être comprendre un peu mieux les textes, qui passaient parfois inaperçus dans les chants en espagnol ou les poèmes en portugais.

À tant de générosité, le public a répondu par des applaudissements nourris et une ovation bien sentie. Après l’avoir fait en famille, María est revenue s’incliner, seule sur scène, faisant virevolter son majestueux mantón au-dessus de sa tête avant de s’en draper le corps, refermant les bras sur elle. Fière, épanouie, resplendissante. C’est là le dernier tableau que l’on garde en mémoire de son autoportrait.




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