Danse - Télépathie des corps

Le chorégraphe dit avoir plongé dans ses souvenirs de nouvel immigrant chinois, qui remontent au début des années 90. La perte de repères total et l’isolement ressentis alors ont nourri la trame de 7th Sense, qui déploie une sorte de flair mi-humain mi-animal. Car à l’époque, même les chiens comprenaient mieux ses nouveaux compatriotes canadiens que lui, constatait-il.


Sur scène, aucune référence à l’immigration. Tout est noir et blanc, costumes noirs et rectangles de lumière blanche au sol. Les vidéos discrètes (silhouette de femme marchant, motifs organiques) sont projetées en négatif sur des colonnes en fond de scène. Seule la joute des corps et de la musique, qui va croissant à partir du silence, met en scène un apprivoisement mutuel, puis lutte pour survivre comme individu et socialement. Une lutte belle comme les parades étranges de certaines espèces animales.


Ici et là, quelques clins d’oeil plus francs à la race canine, féline ou même batracienne, appelant la part animale en chacun de nous. «Stay», «Sit». Mais ce sont surtout les gestes qui parlent : mouvements initiés par la tête pour animer les autres ou encore imprimés en eux, sans les toucher, les entraînant dans un sillage invisible, comme par osmose.


Les duos superbes (d’hommes surtout et celui de la finale) et les scènes de groupe exacerbent tantôt la curieuse dysfonction des humains atomisés - gestes à rebours, comme soumis à d’autres lois, équilibres précaires -, tantôt la beauté des figures nées de l’interdépendance et de la collaboration de tous.


Malgré tout, je suis restée sur ma faim. Wang aurait pu aller plus loin dans sa quête du septième sens, au risque de sacrifier un peu la beauté des formes. Et la finale laisse à désirer.

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