Ballet éblouissant


	La danseuse Hou Honglan
Photo: Agence France-Presse (photo) François Guillot
La danseuse Hou Honglan

Agréable surprise que cette Lanterne rouge du Ballet national de Chine, qui visite le Canada pour la première fois à l’invitation des Grands Ballets. La production visuellement éblouissante offre un bel amalgame de danse néoclassique à l’occidentale et de folklore chinois.

Adapté du film phare de Zhang Yimou, Épouses et concubines, en 2001, le ballet porte très clairement le regard du cinéaste, qui en signe d’ailleurs le livret, les éclairages et la direction scénique. La lumière et les contrastes qui baignent toute la production constituent l’un de ses grands atouts. L’intensité des couleurs, le rouge surtout, ne manque pas de faire écho aux œuvres cinématographiques du maître. Les tableaux qui composent les trois actes sont léchés comme des prises de vue. Et l’action s’y déploie souvent comme si une caméra avait isolé un plan.
 
Au-delà de la marque Yimou, toutes les composantes du ballet contribuent à sa grandeur : la musique tantôt folklorique, tantôt orchestrale, les décors et costumes, l’interprétation impeccable et la chorégraphie, aux lignes plus épurées qu’on s’y attendait, tantôt empreinte de sensualité contenue ou de fureur vengeresse.
 
L’histoire campée dans la Chine des années 1920, que Yimou avait lui-même adaptée du roman de Su Tong, réunit tous les ingrédients d’un ballet romantique. Une jeune femme est forcée de devenir la seconde concubine d’un puissant seigneur. Mais sa liaison avec un artiste de l’opéra sera mise au jour par la première concubine, jalouse de l’attention accordée à la nouvelle venue. Une délation qui sera fatale aux amoureux autant qu’à l’accusatrice.
 
Outre la scène de rédemption de celle-ci, un peu longue et emphatique, les temps forts du spectacle sont nombreux : la nuit nuptiale brutale du maître et de sa nouvelle concubine, magnifiquement accentuée par les jeux d’ombres ; la scène d’opéra chinois, théâtre dans le théâtre révélant l’adultère ; la mise à mort des victimes, évoquée à coup d’énormes bâtons de peinture rouge frappés sur le tableau blanc qui sert de décor. Mais celle qui l’emporte sur les autres, c’est la scène de mah-jong dansée autour des tables, qui souligne avec panache le jeu du destin qui se trame…

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