Danse - Oeuvre en creux et en plein

Après Chair qui abordait le corps féminin en 2011, la jeune chorégraphe Aurélie Pedron visite ici le corps de trois hommes.


Corps caverneux rassemble des tableaux vivants dans lesquels le théâtre des corps dans la lumière l’emporte sur la danse. À part une superbe scène de danse au sol, où Lael Stellick tourne sur lui-même, la tête presque toujours rivée au plancher. Cherchant à se libérer en vain.


Sur scène, trois hommes surgissent de l’ombre, éclairés seulement (et presque tout au long de la pièce) par des sources lumineuses venues des objets qu’ils manipulent : un chapeau, un vieux landau, une cuvette en métal, une étrange structure-accordéon suspendue entre ciel et terre (signée de l’artiste Jeremy Gordaneer). Il en résulte une atmosphère un peu inquiétante, mystérieuse, où le corps se révèle par fragments, en creux et en pleins, laissant toujours une part d’ombre.


Sauf que l’action s’épuise trop souvent dans le rapport obsessif à ces objets, qu’on secoue jusqu’à la rupture, qu’on manie ou déploie surtout pour en exploiter les sons et les reflets lumineux. Sans développer quoi que ce soit.


Le plus réussi, outre la danse de Stellick, est celui où Daniel Soulières se retrouve cagoulé par… une camisole de bébé. Son corps se tortille - un condamné à mort ? Un clochard ? Un malade ? - jusqu’à une convulsion finale, aussi belle qu’angoissante.


Plus tard, on change soudain de registre. De l’ombre oppressante, on passe à la lumière, à la camaraderie joyeuse, qui dégénère en bataille. Et il y aura ce joli - mais trop court - tango de troubadour avec son accordéon. Bel instrument, parfois amplifié, qu’on n’exploite pas assez.


Un aspect réussi : le continuum entre l’état de corps, la lumière et le son comme s’ils étaient traversés d’une même onde.


Au final, la pièce fait surtout résonner les matières : le son, la lumière, les corps masculins, bien sûr et leurs humeurs tantôt sombres tantôt joueuses. Parfois avec une belle poésie. Mais le plus souvent en s’empêtrant dans la manipulation des trop nombreux objets.

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