Billy Elliot the musical à la Place des arts - Danser comme un homme

Dans l’adaptation scénique du film de Stephen Daldry, le jeune Billy Elliot a le ballet classique dans la peau. Malgré les réticences de son père, il dansera coûte que coûte.
Photo: Associated Press/Barlow Hartman Public Relations, David Scheinmann Dans l’adaptation scénique du film de Stephen Daldry, le jeune Billy Elliot a le ballet classique dans la peau. Malgré les réticences de son père, il dansera coûte que coûte.

Huit ans après sa création dans le West End londonien et cinq après son triomphe sur Broadway à New York, Billy Elliot the Musical s’amène à Montréal dès le 8 janvier le temps de huit représentations. Basé sur le long-métrage du même nom, Billy Elliot relate l’éveil d’un gamin de 11 ans à son talent naturel pour le ballet, au grand dam de son veuf de père. En 2000, le film connut un grand succès critique et populaire. En 2005, forte d’une partition signée Elton John, la comédie musicale, aussi. Depuis, nombreux furent les jeunes spectateurs qui, inspirés par Billy, s’inscrivirent à des cours de ballet. Au point de parler d’un « effet Billy Elliot » ?

Si Jaws a pu dissuader des millions de baigneurs de s’aventurer dans l’océan, pourquoi Billy Elliot n’aurait-il pas incité d’autres garçons de son âge à l’imiter ? Au début des années 1980, ne furent-elles pas nombreuses, les adolescentes, à soudain caresser des rêves de carrière de ballerines après avoir vu Fame, ou encore à supplier leurs parents de les inscrire au ballet jazz pour apprendre à danser comme l’héroïne de Flashdance ?


« Selon moi, Billy Elliot a indéniablement mis le doigt sur quelque chose de viscéral, estime Steven Minning, metteur en scène en résidence de la tournée Billy Elliot the Musical. Pensez-y : le film se déroule en 1984 et raconte l’histoire d’un petit gars pauvre qui préfère le ballet à la boxe, tout ça sur fond de grève minière. Ça n’aurait pas dû fonctionner à ce point. Et pourtant ! »


Vrai qu’avec son commentaire social anti-Thatcher prononcé, le film n’a probablement pas déplu à Ken Loach. Ceci dit, l’idée du fils qui recherche à la fois l’épanouissement personnel et l’approbation paternelle constituent un motif universel. Or ici, tout est affaire de plus-value. « La fiction littéraire et cinématographique offre quantité de modèles de danseuses aux fillettes. Avant Billy Elliot, qu’en était-il pour les garçons ? Peut-être le personnage de Billy a-t-il comblé un manque ou répondu à un besoin, suggère Steven Minning. Il est en tout cas certain que le film et le spectacle ont contribué à rendre la danse classique plus accessible aux hommes tout en conférant plus de visibilité à ces derniers. »


À la scène comme à la vie


Alison Levenberg, chorégraphe en résidence de la tournée, est bien placée pour se prononcer sur l’existence d’un effet Billy Elliot. « Avant d’être promue au poste que j’occupe présentement, j’étais coach dans un camp Billy. » Un camp Billy ? « On y entraîne des garçons qui ont du potentiel et on essaie de déterminer où ce potentiel peut les mener », explique-t-elle.


Dans le film comme dans le spectacle, Billy fait face à une incompréhension et à une hostilité qui ont encore cours, certains parents craignant que leur garçon « devienne » gai s’il enfile un justaucorps et des chaussons. À cet égard, l’une des forces du récit est justement que, même si cette appréhension parentale est abordée franchement, elle ne se substitue jamais à l’enjeu principal, à savoir Billy et son désir de devenir danseur. De manière révélatrice, on refuse d’ailleurs de déterminer clairement la préférence de Billy. Courtisé et par la fille de sa professeure de danse et par un petit voisin, Billy n’en a que pour la danse.


Selon Alison Levenberg, les qualités intrinsèques de la trame originale favorisent le phénomène d’identification. « À force de discipline et de détermination, Billy parvient non seulement à développer ses dons, mais également à susciter un sentiment de fierté chez son père. Le message est extrêmement positif, mais le récit n’est jamais mièvre. Le parcours de Billy n’est pas qu’inspirant, il est réaliste », conclut-elle.


De fait, le destin de cet aspirant danseur convainc. Doit-on s’en étonner ? Après tout, les tribulations de Billy Elliot furent en partie calquées sur celles vécues autrefois par Philip Mosley, ancien danseur étoile du Royal Ballet de Londres.


Gagnant en 2006 du Laurence Olivier Award du meilleur nouveau spectacle et, depuis, de pas moins de dix prix Tony, Billy Elliot the Musical sera présenté à la Place des Arts du 8 au 13 janvier.