Danse - Un grand bal impromptu


	Un numéro improvisé du 10e Discovery Bal
Photo: Chris Aiken/Chris Randle
Un numéro improvisé du 10e Discovery Bal

Oubliez les thèmes pigés au hasard, les arbitres et les « cartons-juges ». Discovery Bal, c’est l’improvisation faite oeuvre de création pure, ici dansante, rebrassée presque chaque saison jusqu’à cette 10e mouture. Retour aux sources de l’aventure.

Il y a eu les éditions à deux ou à plusieurs joueurs, les invitations internationales, les explorations avec les images du vidéaste Johnathan Inksetter. Mais Discovery Bal fut d’abord la rencontre d’une poignée d’improvisateurs parmi les plus aguerris du pays : Andrew de Lotbinière Harwood, Peter Bingham et Marc Boivin.


Pour le 10e anniversaire de ce bal atypique et impromptu s’ajoute l’improvisateur américain Chris Aiken, rompu à l’exercice pour s’y être joint à quelques reprises. Le projet est comme toujours à double facette : une version spectacle, livrée cette semaine à l’Agora de la danse, et un stage destiné aux professionnels au centre chorégraphique Circuit-Est.


Pas de Bal sans musique, elle aussi improvisée, ici sous la gouverne de Diane Labrosse - adepte de la première heure - et Pierre Tanguay. Yan Lee Chan, autre habitué de la fête, signe les éclairages de cette création instantanée.


« Pour les 10 ans, on a eu l’idée de rapatrier Peter [Bingham] parce qu’il est un membre fondateur du Discovery Bal, explique Andrew de Lotbinière Harwood, directeur artistique d’AH HA Productions. Il était là en 2003 et en 2004. C’est un retour aux sources pour faire valoir l’évolution de cette forme avec des gens qui en sont passionnés depuis très longtemps. »

 

Explosion


L’instigateur du Discovery Bal se réjouit de l’explosion phénoménale qu’a connue l’improvisation dansée ces dernières années et se plaît à voir les jeunes générations s’intéresser au genre. Une ligue - les Imprudanses - a même vu le jour à peu près en même temps que le Bal de M. Harwood. Mais celui-ci tient à distinguer l’approche très puriste que favorise sa bande.


« On cherche à créer quelque chose de poétique, qui se tient vraiment artistiquement, mais d’entièrement improvisé, sans thèmes de base ou balises », dit-il. Les acteurs qui se retrouvent à l’occasion du stage en profitent pour discuter de leur vision et établir quelques éléments de base comme le cadre général pour lancer la soirée. Mais rien de plus.


« La plupart du temps, on entre en salle, on s’installe et on attend de voir qui va lancer la balle, résume Andrew Harwood. Cette indétermination fait partie de notre philosophie, pour voir qu’est-ce qui va se façonner de façon très authentique. »


Si Andrew de Lotbinière Harwood a fondé sa compagnie à peu près en même temps que Discovery Bal, l’homme mène ses impros depuis près de 30 ans. Il a suivi pendant une dizaine d’années les leçons du maître incontesté du genre, Steve Paxton, lui-même élève du duo révolutionnaire Merce Cunningham-John Cage. Enseignant recherché, M. Harwood a aussi créé une suite de spectacles d’improvisation comme L’instant de l’instinct, L’ubiquiste et Not to Know, conçu avec Benoît Lachambre.


Entre-temps, une flopée de festivals dans le monde se sont intéressés à ce genre cultivant l’inattendu, dont le réputé Impulstanz de Vienne. Qu’est-ce qui a changé dans la forme de l’improvisation pendant toutes ces années ?


« Avant, on était plus épurés dans le mouvement, indique M. Harwood. Maintenant, le côté personnalité ressort, avec des moments très théâtraux. Le cheminement personnel de chacun influence et alimente le travail de Discovery Bal. »


Mais tous cultivent cet état d’attention et d’ouverture à l’autre, au coeur de l’impro. Prêts à saisir le moment du geste présent ?

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