Danse - L’ombre de ton ombre

Belle soirée d’ombres douces à Tangente, à l’opposé de la Luminothérapie et des néons qui scintillent, hors du théâtre, boulevard St-Laurent. Les chorégraphies de Geneviève C. Ferron et Katia-Marie Germain révèlent des univers qui misent sur la lenteur, la concentration et le détail. Deux jeunes artistes d’une belle maturité.


Est-ce parce qu’elles viennent des arts visuels que ces deux-là savent la valeur du temps qui passe sur une scène? Chez Ferron, cinq corps se livrent côté jardin à une marche adagio stylisée, répétée, vers la lumière. Côté cour, un amont de guirlandes de fines ampoules blanches, dont l’intensité monte tout lentement. Les corps féminins aux gestes issus de la statuaire antique évoquent une meute d’esprits archaïques. Biches, nymphes, esprits. La nudité servirait-elle mieux cette esthétique? Malgré une poche d’air après le premier duo, la continuité hypnotise. Laissée à l’imagination, la rencontre finale corps et lumières serait plus riche que la gestion réelle, maladroite et littérale, des guirlandes, qui rompt le mystère si bellement construit jusque-là.


Germain, elle, explore l’âme aux gestes soeurs et le mouvement miroir. Par duos de femmes, dans un espace restreint, les corps s’écoutent et se suivent, exactement, dans la lenteur légère de l’attention, puis dans des saccades et du poids lesté. Au sol, les ombres se fondent quand les êtres restent divisés. Les paupières sont mi-closes, la lumière basse: est-ce la naissance d’un secret, la contrainte d’être ensemble, d’être hantée d’une autre, de vouloir être l’ombre de son ombre? Les gestes et l’énergie sont délicats et minutieux, dentelle ou calligraphie. La chorégraphe utilise les ruptures: répétition, arrêt sur image, échange de rôles, triangulation soudaine. Elle renouvelle ainsi le regard. Les rôles, hasard?, sont brillamment distribués selon les textures de chaque corps. On demanderait peut-être un peu plus de projection dans l’interprétation dans les bas éclairages, afin de compenser l’intériorité. Mais la pièce est un petit bijou et dévoile une jeune chorégraphe très outillée, d’une grande finesse.

1 commentaire
  • François Desjardins - Inscrit 7 décembre 2012 06 h 57

    Agréable.

    Vos articles, moi je les aime, Ils ont riches et féconds.