Théâtre - Cousu serré

Marc Boivin a 30 ans d’expérience comme danseur, mais débute, depuis quelques années, en tant que chorégraphe. Après Impact (2009), le voilà déjà à l’Agora de la danse, sur une idée, un thème — la commedia dell’arte — et une musique d’Ana Sokolovic, accompagné par le Quatuor Bozzini. Une idée sinon vraie… marche sur un fin fil entre les contraintes aux gestes, son, sujet, et notes.

Un quatuor à cordes — Clemens Merkel, Stéphanie et Isabelle Bozzini, Mira Benjamin — et un danseur, vêtus de lourds tissus bruns et foncés, posent sur scène. Puis, dans le noir, les cordes vibrent d’harmonies étranges. Suivant les mouvements musicaux, Marc Boivin évoquera de son impressionniste façon, par états de corps ou gestes plus élaborés, Colombine, Pantalon, Arlequin et consorts, bougeant entre les musiciens, part entière du tableau.


La musique est la principale vedette, portée et imagée par les interprètes. La relation entre les musiciens, le danseur et la chorégraphie est belle, juste et fragile. Les intruments et partitions sont natures mortes, les corps des musiciens natures vivantes, sans maladresses. La pièce répond avec sensibilité aux défis du concert chorégraphié.


L’écriture de Boivin a fait un bond. Les personnages lui donnent une théâtralité incarnée, des visages qu’on ne lui avait pas vus. Quelque chose, chez le danseur, est en train de changer, et intrigue. Sa fluidité, malgré des chevilles fragiles au soir de la première, en est plus ancrée.


Une idée sinon vraie… est faite de fort bons éléments — dont l’efficace costume d’Angelo Barsetti. Mais l’ensemble est cousu si serré que le spectateur rebondit sur ce tissu plutôt que de s’y fondre. Malgré les gradins sur trois côtés de scène qui rappellent la place publique, le quatrième mur reste étanche: on assiste à une historique nostalgie, sans y céder. Dur de dire pourquoi. Comme si manquait, au moins évoquée, une idée, sinon vraie, des cabotinages, fous rires, lazzis, désordres qui viennent aussi avec la commedia dell’arte.