Danse - Décevante Kaguyahime

Conjuguez une oeuvre du maître du ballet néoclassique Jiri Kylian à la musique percussive de l’imposant ensemble japonais Kodo et une poignée de musiciens interprétant le plus ancien répertoire nippon - le gagaku. Ajoutez-y le conte japonais presque aussi ancestral de la princesse de la lune, dont la beauté a déchaîné les passions au point de faire fuir la belle dans son pays. La table de Kaguyahime était mise pour une soirée magistrale. Qui s’est révélée un peu décevante.

La troublante musique signée Maki Ishii domine l’espace physique et mental, hypnotisante, puissante par ses contrastes, tantôt tonnerre, tantôt éther. Est-ce pour cela que la danse peine tant à faire son chemin ?


Les interprètes des Grands Ballets canadiens ont aussi leurs torts. Ceux qui brillent habituellement par leur aisance à passer d’un répertoire à l’autre se heurtent ici à un mur. Ils relèvent le défi technique (et quel défi!), mais tout juste. Ils ne parviennent que rarement à transcender cette technique pour laisser irradier la danse. Et permettre au public de goûter pleinement la maestria de Kylian. Manque de répétitions ?


Il faut dire que la pièce du maître tchèque, créée en 1989, mais tout juste acquise au répertoire des Grands Ballets, a ses difficultés. Tout y est rigueur. Kylian a réduit l’histoire à son minimum, n’en faisant ni un ballet tout à fait narratif ni une oeuvre abstraite. Les six scènes forment autant de tableaux aux humeurs très contrastées. Après un superbe préambule musical, la chorégraphie s’amorce par une double scène de longs solos : celui lentement déployé de Kaguyahime descendant de la lune, puis ceux des soupirants. Suivront la fête des paysans, la bataille des prétendants et la guerre des villageois, qui exigent une grande rapidité d’exécution dans la précision.


La gestuelle de Kylian est finement ciselée, loin du tape-à-l’oeil. Mais elle n’atteint pas les niveaux d’élégance d’une Bella Figura par exemple, pièce de 1995 aussi au répertoire des Grands Ballets. Certains éléments chorégraphiques japonisants ne suffisent pas à opérer une réelle fusion entre Orient et Occident.


Et la scène finale, tentative de séduction du roi, braque les projecteurs sur une jeune Kaguyahime qui, malgré sa grande pureté et sa maîtrise du mouvement, n’a pas l’aura et surtout l’assurance du premier rôle qui lui échoit. Si bien que l’oeuvre manque de ce surplus d’âme qui permet de croire aux princesses, d’autant plus si elles viennent de la lune.

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