Un nouveau visage pour les Grands Ballets canadiens

Une répétition de Kaguyahime, que les GBCM présenteront à Montréal en octobre.
Photo: François Pesant - Le Devoir Une répétition de Kaguyahime, que les GBCM présenteront à Montréal en octobre.

Lyon — Nouvel édifice, nouveau visage. Les Grands Ballets canadiens de Montréal ont profité du colloque Maison de la danse 3e génération, préambule des Entretiens Jacques-Cartier et part de la 15e Biennale de la danse de Lyon, pour présenter la vision xxie siècle de la compagnie. Les spectateurs y deviennent des clients. La danse, en plus d’un art, y logera comme thérapie, outil santé et sport. Elle s’ouvrira tant aux amateurs qu’aux apprentis et aux spectateurs. Une pensée dans l’air du temps, qui d’un côté embrasse la philosophie et le marketing des disciplines du bien-être, et d’un autre invite le citoyen à profiter de la danse, sous toutes ses formes, à en être et à y participer. Une pensée qui devrait aussi permettre, objectif non négligeable, d’augmenter l’autofinancement de la compagnie.

« On introduit la notion du bienfait que peut apporter l’expérience de la danse pour le mieux-être », a expliqué à l’auditoire le directeur général Alain Dancyger, lors de sa présentation du Wilder et du prochain visage des Grands Ballets canadiens de Montréal (GBCM). Une large équipe de réflexion a été mise en place pour penser et créer le nouvel univers, dans l’édifice dont l’occupation est encore prévue pour 2014. Anthropologues, nutritionnistes, designers et autres ont été mis à contribution, aussi bien que les danseurs, dans un large remue-méninges. Le but ? S’inspirer de la philosophie du « ba » japonais, qui voit le partage d’un espace et le décloisonnement comme un outil de création et de savoir, pour forger le nouveau lieu. « On veut déghettoïser les populations, les fonctions internes et externes. On travaille l’environnement et la synergie pour forcer les relations. Les danseurs vont circuler ainsi tous les jours entre ces pôles », poursuivait Alain Dancyger.


On verra donc, dans l’immeuble signé par l’architecte Michel Lapointe, les installations migrées des GBCM. S’y ajoute un grand studio-théâtre qui permettra de travailler aux créations et de présenter des « showcases » ou les ateliers chorégraphiques des danseurs, puisqu’on pourra y accueillir 170 spectateurs-clients. Ce studio, a assuré le directeur, sera aussi mis à disposition du milieu de la danse en location à tarif modique. Un atrium de 400 places servira d’autre lieu d’accueil.


Les GBCM ouvriront également une division loisir. Celle-ci inclura des cours de danse, de Pilates, de yoga et de mise en forme. Conjointement se développera le premier centre de danse et de mouvement au Québec, où les thérapies par la danse et la réhabilitation seront explorées et mises de l’avant. « Nous allons nous intéresser d’abord aux clientèles fragilisées que sont les enfants et les aînés, a expliqué le directeur général Alain Dancyger. Des projets pilotes existent déjà auprès des anorexiques, des psychotiques, des gens atteints de Parkinson, des aînés qui ont des problèmes d’équilibre. » Quatre studios seront ajoutés à ceux des GBCM pour répondre aux besoins de la division loisirs et de la danse thérapie. Une division professionnelle complétera les formations offertes et permettra aux GBCM d’avoir leur propre école. Le cours, qui s’ouvrira si tout va bien en 2015-2016, mènera à un diplôme « en performance ».


En orbite, et pour fidéliser les « clients », les GBCM auront un café ainsi qu’un restaurant. La cuisine, présentée comme le volet « art culinaire », y sera nordique : des plats sans gluten et faibles en sucres raffinés seront offerts, comme des options pour contourner les allergies alimentaires.

 

Mille détails


Tout le concept, a résumé Alain Dancyger, tourne autour du « repos, de la respiration et de la restauration », dans les deux sens de ce terme. Mille détails font partie de cette réflexion danse et santé : « On a cherché une architecture qui évite les courants d’air, que les danseurs détestent. On verra près des chaises de trucs de correction de la posture. Des zones insonorisées permettront le calme et la relaxation. Au resto, on mettra en évidence le besoin de boire au moins deux litres d’eau par jour. Même dans la signalétique, on s’inspire de cette philosophie du mieux-être : on indiquera par exemple que la billetterie se situe “ à 45 pas à gauche ”, et peut-être qu’on indiquera le nombre de calories qu’on peut perdre en s’y rendant », a ajouté le directeur en rigolant.


Par ces transformations, les GBCM entendent faire rayonner leur mandat qui comprend le développement des interactions avec le public. Le but est de garder les clients le plus longtemps possible sur le site. « Après leur cours de Pilates, ils pourront prendre un verre avant d’aller restaurant, et ensuite au spectacle » dans le Quartier des spectacles adjacent, ou à même le studio de création. « Le schéma nous intéresse pour l’autofinancement, pour dégager, entre autres par la division loisirs, des fonds de création » qui permettraient à de nouvelles oeuvres de voir le jour.


Au colloque, la présentation détonnait à la fois par la forme et le fond parmi celles des Français présentant le Centre national de la danse à Pantin, le Pavillon noir à Aix-en-Provence, le projet lyonnais Confluence ou la Briqueterie de Vitry-sur-Seine. L’utilisation du mot « client », au lieu de « spectateur », a été remarquée. Peut-être est-ce l’approche plus américaine, axée aussi sur la création d’une image de marque, d’un « branding » culturel, qui se détachait. Une approche qui a l’avantage, par ailleurs, de viser une plus grande autonomie financière pour un organisme artistique. Une voie d’avenir ?

 

Catherine Lalonde était à Lyon à l’invitation de la Biennale de la danse.

1 commentaire
  • François Desjardins - Inscrit 30 septembre 2012 09 h 59

    Interessant

    J'y vois ici un comcept nouveau pour notre milieu, un élargissement du rapport avec les public (le mot «clent» me laissant un peu perplexe mais ça c'est aune autre histoire et j'y reviendrai si l'occasion se présente.)

    Pour le moment je conserve précieusement cet article en mémoire...et en filière! pour voir et comprendre la suite des événements.

    On aurait donc fait part d'abord à Lyon de ce projet?

    Merci pour cet article.