Danse – Un vibrant Petit Prince contemporain

La scène avec le buveur qui manipule des verres touche par sa poésie.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir La scène avec le buveur qui manipule des verres touche par sa poésie.

Les Grands Ballets canadiens (GBC) livrent un Petit Prince résolument contemporain. Leur nouvelle création, librement inspirée de l’oeuvre de Saint-Exupéry, captive le public et atteint des moments de grande émotion. Ne reste qu’à laisser respirer l’oeuvre, dont la mécanique réglée au quart de tour en étouffe un peu la poésie…

La chorégraphe Didy Veldman, qui a déjà donné aux GBC Carmen et Toot, avait visiblement à coeur ce ballet conçu autour de la figure du petit homme venu de l’astéroïde B612. La pièce, bien ficelée, dessert à merveille la polyvalence des danseurs, qui l’endossent avec fougue. Une distribution taillée sur mesure pour l’oeuvre.


Veldman a trouvé le juste équilibre entre l’abstraction du mouvement et une lisibilité permettant de reconnaître ici et là quelques éléments du récit le plus traduit au monde - en 210 langues et dialectes ! Mais il ne faut pas y chercher une lecture fidèle de l’oeuvre littéraire. C’est surtout l’esprit et la sensibilité du petit personnage qui sont transposés sur scène.


La planète que découvre le jeune homme (Kenji Matsuyama Ribeiro, convaincant) grouille de vie bien humaine et urbaine. Y défilent un monde pressé, qui peine à s’attarder à autrui, une fille imbue d’elle-même, un obsédé des chiffres, un dictateur, un tentateur, mais aussi un sage (Marcin Kaczorowski, superbe en duo) qui le guide et le réconforte, et une femme délicate comme la rose du Petit Prince. Ce dernier observe, sans préjugés, tente de comprendre, de s’intégrer, et finira par s’en aller. La scène avec le buveur qui manipule des verres touche par sa poésie.


La formule des visites en rafale s’épuise un peu, à la longue. Plusieurs personnages brossés à gros traits frôlent la caricature et font sourire. Mais d’autres sont du côté de la nuance, comme celle qui n’aime pas son corps. Et la chorégraphe a sculpté des gestuelles propres à chacun (ici en torsions, là en amplitude, mais toujours ancrées au sol), qui distillent des émotions étonnamment claires : peur, joie, tristesse, tendresse, mélancolie.


La musique arrangée par Philip Feeney est juste. Les projections d’abord superflues finissent par trouver leur place. Et quelle bonne idée, ce grand miroir incliné en fond de scène, qui donne à l’action réverbérée un caractère lointain et rappelle l’importance de l’illusion, du rêve. Après tout, « l’essentiel est invisible pour les yeux », selon Saint-Exupéry.