Danse - Un périple spirituel bien humain

La quête spirituelle d'Akram Khan est loin de tous les clichés qu'on associe généralement à l'âme et au sacré. Loin de cette communion tranquille avec l'esprit ou un au-delà lumineux. Vertical Road s'avère plutôt grave, physique et violente, traversée de luttes de pouvoirs et de quelques moments de grâce quasi douloureuse. C'est la difficile quête du dialogue avec l'autre. Une spiritualité à échelle bien humaine.

La pièce pour huit danseurs s'ouvre sur une image magnifique: un homme (Salah El Brogy) — ou une bête? — frappe l'immense rideau diaphane qui le sépare du public pour tenter de le percer. Naissance? Passage dans un autre monde? La scène suivante le retrouve mêlé, quoique toujours étranger (est-il guide, prophète ou simplement humain?), à sept autres êtres. Statues qu'il tente de modeler, de dompter, mais qui prendront vie à part entière dans une danse puissante, urgente, ponctuée par la musique pulsée de Nitin Sawhney.

Tantôt rituel, tantôt incantation ou combat (avec soi ou contre l'autre), la danse de Khan multiplie les tours, les vrilles et les mouvements de bras qui fouettent l'espace, mais reste toujours solidement ancrée au sol. Les interprètes semblent manier une boule d'énergie invisible qui irradie de leur corps. C'est l'intensité dramatique du butô couplée à la fervente fureur cinétique des derviches tourneurs.

Le kathak indien qui a formé le chorégraphe britannique d'origine bengalie n'y est plus décelable. Mais les formes contemporaines demeurent traversées d'autres influences, souvent proches d'un taï chi accéléré.

Après une première partie renversante, Vertical Road s'essouffle un peu. Comme si la charge du début laissait un vide. Les beaux solos et duos qui s'enchaînent ne parviennent pas toujours à soutenir la ligne dramaturgique que le chorégraphe a pourtant inscrite, si ténue soit-elle, dès le début de sa pièce. Reste que la virtuosité des danseurs (malgré des inégalités dans l'interprétation), les éclairages superbes, la fresque musicale et l'étrangeté de la danse font de Vertical Road une oeuvre férocement originale.

Pour la créer, Akram Khan s'est inspiré du poète persan Rumi, fondateur d'une des plus importantes traditions soufies, dont les vers parlent de transformation et de quête. La pièce vient de lui valoir le UK Critics Circle National Dance Award for Best Modern Choreography.