Danse - Passion étouffée

Une scène de Rodin/Claudel, le nouveau spectacle des Grands Ballets canadiens de Montréal<br />
Photo: John Hall Une scène de Rodin/Claudel, le nouveau spectacle des Grands Ballets canadiens de Montréal

Le jeune chorégraphe canadien Peter Quanz a manifestement beaucoup à dire de la vie des sculpteurs Camille Claudel et Auguste Rodin. Mais Rodin/Claudel, le ballet narratif qui ouvre la saison des Grands Ballets canadiens de Montréal, souffre de ce trop-plein, surtout dans le premier acte. Le deuxième respire beaucoup mieux et sauve la mise.

La pièce aborde non seulement la passion des deux artistes, leur foisonnement créatif, la déception amoureuse — de Camille et de Rose Beuret, que choisira finalement d'épouser Rodin —, mais aussi la dysfonction familiale de Camille et l'ambition de son frère Paul, écrivain en devenir. Si bien que le premier acte, où tout cela se met en place, s'éparpille, man-que de fluidité et empêche la danse d'éclore.

Jusqu'à la dernière scène. Le pique-nique de la famille Claudel en compagnie de Rodin et Beuret révèle enfin l'intelligence chorégraphique de Quanz, qui livre ici à 34 ans son second ballet intégral. Au moment de la prière, chaque personnage s'élance successivement dans une courte danse qui révèle son état d'âme: le désespoir de Camille, enceinte et promise à un avortement certain, l'exaspération de sa mère, la jalousie de Rose, le dilemme de Rodin.

Un fil d'Ariane aurait pu tirer toute la production: les sculptures faites chair et mouvements, incarnées par des danseurs. Tantôt les sculpteurs modèlent leurs oeuvres, tantôt les sculptures dansent devant eux comme si leur inspiration, leurs idées prenaient littéralement corps.

Le deuxième acte, qui porte davantage sur Claudel, laisse une grande place à ces sculptures animées. La scène où celle-ci prépare une exposition se démarque. Les sculptures mènent la danse, exubérante, qui tranche par sa «modernité» avec celle de la haute société, conviée à l'exposition de Claudel. Joli clin d'oeil à l'avant-gardisme de son art.

On a l'impression que Peter Quanz crée plus naturellement sa danse autour de la figure de Claudel. Alors, pourquoi ne pas aborder l'oeuvre sous cet angle? L'aspect touffu du premier acte étouffe un peu la passion artistique et amoureuse des deux sculpteurs. Comme si la figure impérieuse et indécise de Rodin portait ombrage au ballet comme à l'oeuvre de Claudel, jusqu'à précipiter celle-ci dans la folie.

Choix touffu de musique aussi, qui passe de Ravel à Debussy en passant par Schnittke, mais dont l'interprétation livrée en direct par l'orchestre des GBCM, sous la gouverne d'Allan Lewis, rehausse la soirée. Chorégraphe de la relève du ballet néoclassique, qui a déjà créé une trentaine d'oeuvres pour des compagnies à travers le monde, Peter Quanz a tout de même un bel avenir devant lui. Les GBCM ont bien fait de l'inviter.