Danse - Sylvain Émard: du macro au micro

Une scène de Fragments – volume 1
Photo: Robert Etcheverry Une scène de Fragments – volume 1

On connaît désormais Sylvain Émard pour son Grand Continental, ce projet swingue la bacaisse de monumentale danse en ligne, set carré aux zestes contemporains dansés par de zélés amateurs qui envahit, depuis 2009, les places publiques. Contagieux.

L'irrésistible vague du Continental a happé Sylvain Émard alors qu'il sortait de la Climatologie des corps, un cycle chorégraphique de longue haleine, en trois pièces — Pluie, Temps de chien et Wave —, qui l'a porté de 2003 à 2009 en comptant les tournées. Si l'idée du Continental le tenaillait depuis belle lurette, il a été happé, y plongeant au sortir de Wave, par son succès.

«J'ai toujours été fasciné par les manifestations dansées spontanées», raconte, sourire aux lèvres, le chorégraphe dans les bureaux de sa compagnie, au dernier étage de l'église retapée à l'angle des rues Sherbrooke et De Lorimier. «Je suis beaucoup sorti, dans les sous-sols d'église d'abord, et dans les boîtes de nuit — encore ce week-end. Je ne me lasse pas de regarder les gens danser et je me demande comment saisir l'essence de cette danse-là, spontanée, sans la travestir. J'ai essayé autant comme autant dans mes pièces — même avec des moments improvisés —, ça ne marche pas. Avec ce projet du Continental, sans le savoir, c'est ce qui se dégage. Toutes les occasions que je peux prendre pour explorer le langage physique sont bonnes.» Le nouveau projet chorégraphique des Fragments, qui se déploiera en deux volets, est comme le négatif du Continental. De petites formes — solos et duos — dansées par des professionnels, en théâtre.

Une vibration de plus

«Tous ces Fragments ont une même source, et ce sera probablement la même pour le volume 2: c'est le sentiment d'ur-gence. Avec chaque interprète, j'ai discuté de ce qui était le plus urgent, là, dans leur vie. Tant qu'à tra-vailler dans l'intimité, je crois que, si on utilise ce qui est important pour les interprètes, il va y avoir une implication supplémentaire, une vibration de plus.»

Pour la danseuse Catherine Viau, l'urgence était de se retrouver, d'arrêter d'être victime de ce que la vie nous pousse à faire. Résultat: Émoi, émoi. Pour le duo masculin Bicéphale de Laurence Ramsay et Manuel Roque, l'un sentait la pression d'être partout où il devait être pour ne rien manquer, l'autre, celle de prendre son temps. Roque a aussi un court solo, Dans mon jardin... Finalement, la comédienne Monique Miller s'est laissé inspirer par deux rôles du début de sa carrière, dans Le désir sous les ormes d'Eugene O'Neill et Vu du pont d'Arthur Miller, des personnages de femmes désespérées qui cherchent à remplir leur vide, à meubler l'«absence», devenue le titre de ce solo.

«J'ai toujours été exigeant sur le rendu des danseurs, jusqu'à être peut-être trop strict, à vouloir trop contrôler. L'exigence s'est transformée: maintenant, je veux du mouvement qui respire. Je disais que je voulais donner le plus de place possible aux danseurs, mais c'est seulement maintenant que je le fais. Désormais, l'important est de dégager la part d'humanité, de donner de l'espace aux danseurs pour qu'on puisse davantage s'identifier à eux», conclut Sylvain Émard.

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