Danse - Le Moulin Rouge à la recherche de girls d'ici

L’idée Moulin Rouge est toute française, mais les girls viennent de plus en plus d’Australie, d’Angleterre, de Russie.<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Patrick Kovarik L’idée Moulin Rouge est toute française, mais les girls viennent de plus en plus d’Australie, d’Angleterre, de Russie.

Cancaneuses, à vos talons: le Moulin Rouge est en ville. La maîtresse de ballet et le directeur du célèbre cabaret de Paris tiennent aujourd'hui des auditions à Montréal. À la recherche de nouvelles girls. Entretien.

La Goulue et Mistinguett y ont dansé; Piaf et Aznavour y ont chanté; on y a vu la reine d'Angleterre, Elton John, Toulouse-Lautrec et mille autres sur la gloire desquels le Moulin roule encore aujourd'hui.

C'est pour apporter du sang neuf à la troupe — 60 filles, 18 garçons — que Janet Pharaoh, ex-danseuse désormais maîtresse de ballet, joue ici les chasseurs de têtes. Façon de parler, bien sûr. Car si les demandes techniques — niveau intermédiaire en ballet, une facilité à changer de style, talents en claquettes, en chant ou en jazz, grande souplesse, grande rapidité — sont élevées, les exigences de corps ne le sont pas moins. «You got fit the costum!», dit en rigolant Pharaoh, en tendant langoureusement son bras nu.

Demain, j'enlève le haut

Car les coquinettes du Moulin Rouge sont souvent à demi nues, du haut ou sous leurs bas résille. Portrait-robot? 17, 18 ans minimum, «maintenant on va jusqu'à 35 ans», au moins 1,72 mètre pour elles, 1,85 pour eux, souriants, avec un «charme frais. On cherche les filles et garçons avec qui on aurait tous envie de passer la soirée», explique Pharaoh. Des filles blanches comme la Parisienne d'Épinal? Nenni. «On a eu des meneuses noires, on en accueille souvent. Des blondes, des rousses, on aime avoir un peu de tout.»

Si l'idée Moulin Rouge est toute française, les girls viennent de plus en plus d'Australie, d'Angleterre, de Russie. «Entre le look, la taille, le niveau, on n'a pas assez de choix en France. Le système d'éducation, avec ses classes qui se terminent très tard, n'encourage pas les formations solides en danse», explique Pharaoh, elle-même anglaise d'origine.

Pour porter Féerie, la revue qui a pris l'affiche en décembre 1999 et qui roule deux fois par soir, six jours semaine, les interprètes doivent être forts. «Les filles, en fait, ne sont sur scène que 21 minutes par spectacle.» Le maquillage, les changements de costumes, si légers soient-ils — 1000 costumes, 800 paires de chaussures, des masses de strass, de plumes et de paillettes —, remplissent le reste de la soirée.

Pharaoh n'hésite pas à opter pour le potentiel, la fille prête à bûcher. «J'ai ce talent: je vois sous le maquillage, à travers les vêtements [car l'audition se fait vêtu], même quand les filles — à quoi pensent-elles? — arrivent en jogging. Je le sens, c'est une vibe.»

Jean-Jacques Clérico, p.-d.g. — boulot de famille, légué de grand-père en petit-fils — et conjoint, approuve. Son Moulin Rouge n'est plus une petite entreprise: 400 employés, des cuisines à la technique, car perdure la formule souper-spectacle pensée par son aïeul. La boîte est fréquentée à 52 % par des Français. «Les touristes, depuis Internet, ont changé. On n'accueille plus d'autobus de Japonais, mais des couples qui ont fait eux-mêmes leur réservation en ligne.» Féerie a coûté 10 millions d'euros. Même avec un taux de remplissage frôlant, selon le p.-d.g., 93 %, la longévité du spectacle, pour que celui-ci soit rentable, doit être exceptionnelle.

À l'heure de la pornographie à portée de clic, quelle place encore pour ces jeux de dévoilement du corps, pour cette danse flashy jusqu'au kitsch? «Peut-être qu'on n'a pas tous besoin de cette séduction si... frontale, estime Pharaoh. Moi, je n'en ai pas besoin, en tout cas.» Pour les personnes intéressées, l'audition est à 13h à l'Académie du ballet métropolitain, 2529, rue Ontario Est.