Festival TransAmériques - Ce soir, ils dansent

Les 210 danseurs du Continental XL de Sylvain Émard étaient en générale hier soir, place des Festivals, à Montréal, pour mettre la dernière touche à leur grande, grande danse en ligne.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Les 210 danseurs du Continental XL de Sylvain Émard étaient en générale hier soir, place des Festivals, à Montréal, pour mettre la dernière touche à leur grande, grande danse en ligne.

Samedi soir à Saint-Dilon? Non: ce soir à Montréal. En plein cœur du Quartier des spectacles, le Festival TransAmériques lance sa 5e édition avec Le Continental XL de Sylvain Émard. Un set pas très carré. Une grande danse en ligne, en plein air, pour 210 «swigneux» de 12 à 72 ans, jusqu'au 29 mai.

«J'ai toujours eu cette fascination pour la danse en ligne, explique au téléphone le chorégraphe Sylvain Émard, la voix rieuse et un peu gênée. Ces grands groupes composés d'amateurs, de jeunes ou de gens du troisième âge, rassemblés sur des pas simples, ça m'a toujours captivé.» Émard signe ce soir sa troisième version du continental, après deux ans au FTA et une version latine, El Gran Continental, donnée au coeur de Mexico l'hiver dernier, là pourtant «où la danse en ligne est inexistante».

Ici, cette danse folklorique vient de loin. Des Inuits et des Amérindiens, qui, avec leurs rituels de fertilité, de fêtes et de guerres, répétitifs, bougés, rythmés par les percussions et un chant monocorde, en ont tracé le squelette. Les reels et les danses d'épées des Écossais, la contredanse des Français s'y ajoutent pour donner le set carré américain, indique Peter Buckman dans Let's Dance. Social, Ballroom & Folk Dancing (Penguin).

Depuis les veillées menées par les violoneux et les câlleux, les variations de danses en ligne ont été nombreuses, du continental à la Danse des canards au Achy Breaky Dance «pas trop compliqué / la danse qui guérit les coeurs brisés», mégasuccès minute de Stef Carse en 1990.

«Quand j'étais jeune, dans les années 1960, se rappelle Sylvain Émard, j'allais danser dans les sous-sols d'église de ma paroisse Saint-Barnabé-Apôtre, dans Hochelaga-Maisonneuve.» Pour son continental à lui, il a gardé les lignes formées et scindées dans l'espace, «les patrons qui se répètent sur quatre côtés, car le continental n'est pas une danse frontale. J'ai ajouté des mouvements de corps, des torsions et des spirales vertébrales, sinon il n'y aurait que les claquements de mains. Ça me plaît de brouiller la frontière entre une danse quétaine et une danse dite sérieuse», comme celle de ses Fragments, solos et duos qui seront de la prochaine saison de Danse Danse. Cette frontière, le musicien Martin Tétreault la dilue aussi pour Le Continental XL, récupérant des classiques pour les faire dérailler, les réinterprétant «de façon ludique, joyeuse, dans différents styles».

210 danseurs, essentiellement amateurs. «C'est extrêmement rare qu'un chorégraphe puisse travailler avec autant de gens. C'est un gros cadeau» qui demande prévision, logistique et planification. Émard est épaulé par Nathalie Blanchet et sept autres interprètes professionnels: Catherine Viau, Julie Siméon, Geneviève Gauvreau, Maryse Carrier, Jean-François Légaré, Alex Parenteau et Mark Eden-Towle. Ils se retrouvent professeurs, psychologues, cheerleaders, car «c'est pas tout le monde qui a la coordination, la mémoire, le cardio, la capacité de danser près de quelqu'un», explique Blanchet, fascinée par l'investissement des volontaires.

Car le travail est exigeant: vingt répétitions, deux fois semaine pendant deux mois. Rigoureux, répète la danseuse Nathalie Blanchet, à son troisième Continental. «Sylvain a créé beaucoup de gestuelle, il n'y a presque pas de répétitions de mouvements. Plusieurs m'ont raconté qu'ils font les pas dans le couloir de leur bureau. Ça devient pour eux une belle obsession.» Une «clinique du mouvement», pour les zélés ou le rattrapage, était ouverte les samedis. Pour pratiquer à la maison, les volontaires recevaient DVD et exercices de danse en ligne... en ligne.

Avec un si grand groupe, impossible pour les créateurs de retenir le nom des participants, identifiés en répétition, comme lors des auditions de danse professionnelle, par des numéros. Mais l'esprit de corps et d'équipe s'est multiplié par le nombre. Nathalie Blanchet est intriguée par ces fous généreux. «Quand je danse, je suis toujours dans la même microsociété, où on se retrouve entre danseurs. Là, on ouvre. Mais j'aimerais savoir ce qu'ils font ces gens-là dans la vie, d'où ils viennent, pourquoi ils sont là?»

Eux? Ils sont jeunes, vieux, maigres, grassouillets, déjantés, sérieux. Ils sont parents d'un collègue du Devoir et assaillent de courriels enthousiastes à venir voir le spectacle. Ou ils sont comme Mélisa Langlois: nutritionniste en pédiatrie, avec une envie de danser, après avoir tâté dans une vie antérieure salsa et samba. Dans Le Continental XL, Langlois «tripe sur le partage. Il y a une communion à faire tous la même chose sur le même temps. On a tous nos défis: certains, c'est la gestion du trac, d'autres la technique. Moi, c'est de me lâcher lousse». Ce qu'elle a trouvé le plus dur? «La gestion du temps», avec les répétitions d'un côté et ses fillettes de cinq et six ans qui tirent l'autre manche des heures. Et qui verront, dimanche, leur maman danser pour la première fois.

Le Continental XL:



Et un exemple célèbre de danse en ligne...

À voir en vidéo