Danse - Les Trous du ciel à travers le temps

Les Trous du ciel a été en 1991 la première chorégraphie d’ensemble signée par Marie Chouinard. La reprise, ce soir, est le premier des quatre spectacles qui croquent le répertoire Chouinard. Ci-dessus, Manuel Roque, en plein saut dans Les Trous du ciel. Le danseur conclura ce printemps Chouinard en mai au théâtre La Chapelle avec le solo Des Feux dans la nuit.
Photo: Sylvie-Ann Paré Les Trous du ciel a été en 1991 la première chorégraphie d’ensemble signée par Marie Chouinard. La reprise, ce soir, est le premier des quatre spectacles qui croquent le répertoire Chouinard. Ci-dessus, Manuel Roque, en plein saut dans Les Trous du ciel. Le danseur conclura ce printemps Chouinard en mai au théâtre La Chapelle avec le solo Des Feux dans la nuit.
Ils seront treize ce soir, mais Les Trous du ciel était écrite pour sept danseurs. Et pas des moindres: Benoît Lachambre, Dominique Porte, Andrew de Lotbinière Harwood, Ann Barry, Heather Mah, Marie-Josée Paradis et Daniel Éthier.

Leurs souvenirs? «En studio, on utilisait des jeux inuits qui aident à passer les hivers, se remémore Heather Mah. Dans l'un d'eux, face à un partenaire, on se frappait le bras à tour de rôle, jusqu'à ce que celui qui abandonne tombe au sol en éclatant de rire», comme pour les finales des chants de gorge. «Je le faisais avec Marie. Ni l'une ni l'autre n'abandonnait. On a continué, debout, de plus en plus fort. Le lendemain, on était couvertes de bleus. Peut-être que les danseurs ont un seuil de douleur trop élevé pour ce jeu!»

Andrew Harwood se rappelle la joie, à 39 ans, d'avoir été «un des premiers à jouir de ce travail renversant qui nous excite, nous enrage et nous transforme tout d'un coup».

«Ç'a été une longue création, un bon dix mois, rappelle Daniel Éthier, impensable maintenant à cause de la rareté des subventions.» Un temps qui permet alors les essais-erreurs. Pour figurer le désert arctique, Chouinard veut reproduire les glissades des phoques sur la banquise. Heather Mah: «C'était un chaud jour d'été. On a couvert le studio de plastique et on a déversé des gallons d'huile végétale dans laquelle on a glissé des heures, en tentant de faire une danse de ça. La puanteur de l'huile m'a collé à la peau pendant des jours. Il n'y avait pas de tabous, sauf nos limites personnelles. Nous avons exploré tant d'idées, j'avais l'impression que je pouvais mouler mon corps aux formes de mon imagination.»

Aucune musique n'appuie Les Trous du ciel, sauf celle produite par la voix, le souffle et les corps. Les danseurs portent les lunettes de neige, fendues, obstruant la vue. En 1991 s'ajoutaient des prothèses dentaires en or, simplement remplacées maintenant par du produit blanchissant.

«La première avait été catastrophique, révèle Daniel Éthier. C'était aux Pays-Bas, on ouvrait un festival, Marie avait beaucoup voyagé avec ses solos, et on était très attendus. On a eu tous les problèmes techniques inimaginables. C'était beaucoup trop long, et les producteurs sortaient un à un. Ç'a été ma pire représentation à vie.» Une journée de travail supplémentaire, 40 minutes coupées, et la pièce prenait ensuite son réel envol.

À la source

Vingt ans plus tard? «C'est une pièce intemporelle, estime Éthier, basée sur une légende. Et comme c'est sans musique, on ne peut la rattacher à aucune époque.»

L'oeuvre a été revue pour inclure les 13 danseurs qui composent maintenant la Compagnie Marie Chouinard, des interprètes qui, en dansant à leur tour Les Trous du ciel, boiront comme d'une polynie aux sources mêmes de l'écriture de la chorégraphe.

Pour compléter ce voyage dans le temps et dans le répertoire Chouinard, Danse Danse donne aussi trois autres pièces cette semaine. De son côté, le théâtre La Chapelle reprend Des feux dans la nuit, de 1999, premier solo que Chouinard écrit pour un homme, du 10 au 21 mai. 
  

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