Pour initiés

Une scène de La Danse – Le ballet de l’Opéra de Paris<br />
Photo: Métropole Films Une scène de La Danse – Le ballet de l’Opéra de Paris

L'Américain Frederick Wiseman est un pilier du documentaire en caméra objective. Ses œuvres comme Racetrack et High School ont, sans mauvais jeu de mots, fait école. Dans La Danse - Le ballet de l'Opéra de Paris, point de narration, point de commentaire direct. Le réalisateur se place en retrait et n'intervient pas, n'interrompt pas. Si bien qu'au bout d'un moment, tout un chacun vaque à ses occupations devant l'objectif sans plus se soucier de la présence de celui-ci.

Il en résulte une incursion privilégiée au coeur d'une vénérable institution où une microsociété évolue en vase clos. De fait, Wiseman demeure essentiellement, à quelques exceptions près, dans l'enceinte de l'Opéra de Paris, un choix conséquent. Des plans de transition insérés au début, au milieu et vers la fin montrent, vu du toit, un Paris si loin, si proche.

Permettez à présent une digression qui n'en est pas vraiment une. Dans Wonder Boys, de Curtis Hanson, Michael Douglas joue un professeur de littérature narcoleptique qui n'arrive pas à terminer son second roman. Après avoir lu en douce le manuscrit en question qui compte d'ores et déjà plus de 2000 pages, une de ses étudiantes lui fait le reproche suivant: «Vous nous dites toujours qu'écrire, c'est faire des choix. Or dans votre histoire, on dirait que vous n'en faites aucun.» N'en va-t-il pas de même au cinéma?

Si environ les deux tiers de La Danse - Le ballet de l'Opéra de Paris se révèlent captivants, de nombreuses longueurs et redites plombent l'exercice. De passages dans le bureau de la directrice artistique (un personnage, celle-là) en répétitions qui finissent par se confondre, de virées éclair au département des costumes en apartés mondains ou apicoles (oui, oui), on est d'abord captivé, puis, fatalement, à mesure que se répète un cycle qu'on jurerait avoir déjà vu deux fois, le désintérêt s'installe. Vers la fin, une saisissante générale du Songe de Médée, avec une Delphine Moussin possédée dans une mise en scène tout droit sortie de Carrie, agit comme un baume.

En 2003, un très beau film de Robert Altman, The Company, plongeait dans le quotidien de la troupe du Joffrey Ballet de Chicago. Passée un peu inaperçue lors de sa sortie, cette oeuvre fine privilégie une approche observationnelle similaire et a recours à plusieurs des vrais danseurs de la compagnie. Fiction ou pas, Altman est parvenu à documenter avec la même rigueur et la même acuité le même sujet en affichant 45 minutes de moins au compteur. La durée n'est pas une fin en soi, mais ce dont elle est constituée, si.

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Collaborateur du Devoir