Danse - Hymne à la joie

Présenté déjà en 2008 à Toronto, le spectacle s'est glissé dans les top ten des événements danse du journal Toronto Star cette années-là.<br />
Photo: Paul-Antoine Taillefer Présenté déjà en 2008 à Toronto, le spectacle s'est glissé dans les top ten des événements danse du journal Toronto Star cette années-là.

Un cabaret de danse contemporaine inspiré par les écrits d'un jésuite né au XIXe siècle et par la danse à claquettes? Sur le jazz flyé de Sun Ra Arkestra? Dansé par certains des meilleurs interprètes canadiens? Avec des marionnettes et des paillettes? On est hypermoderne ou on ne l'est pas: bienvenue dans le déjanté Hymn to the Universe, de Coleman Lemieux & Compagnie.

Le chorégraphe Bill Coleman s'est pris de passion pour les écrits du jésuite, paléontologue et philosophe Pierre Teilhard de Chardin, décédé en 1955. Si ses oeuvres, publiées après sa mort, servent aussi de source à certaines théories échevelées, comme celles des transhumanistes, c'est, croit Coleman, que trop peu de lecteurs prennent la peine de retourner au texte. Le chorégraphe de Zorro, de The Other Story et de Monsters Midway s'est plongé avec délice dans Le Phénomène humain: «Les écrits de Chardin sont optimistes, très lumineux, explique le chorégraphe en anglais, en entrevue téléphonique. Sa façon d'aborder l'évolution, la spiritualité, d'envisager où l'âme humaine peut aller... Il était visionnaire, capable d'imaginer le monde, cette connexion à la fois intime et de communication qu'on vit maintenant» au moyen d'Internet.

Corps à corps, coeur à coeur

Pour Coleman, le ton de la dernière décennie, avec «ses challenges environnementaux et ces grandes problématiques, laisse entendre que les scénarios futurs vont être infernaux. La danse est une magnifique façon d'explorer et la part d'ombre et la lumière; elle donne de l'exubérance, de la positivité. C'est une façon aussi d'avoir une conversation profonde avec nous-mêmes». Une autre façon de dire ce qu'écrivait Chardin: «Quand pour la première fois, dans un vivant, l'instinct s'est aperçu au miroir de lui-même, c'est le Monde tout entier qui a fait un pas.»

Chardin, encore: «Ce n'est pas d'un tête à tête ni d'un corps à corps, c'est d'un coeur à coeur que nous avons besoin.» Coleman, pour Hymn to the Universe, s'est entouré de dix coeurs, dix danseurs, parmi les meilleurs au pays. Margie Gillis, l'aimée du public. Carol Prieur, égérie de Marie Chouinard, qui vient d'être nommée danseuse de l'année par le magazine allemand Tanz. Laurence Lemieux, deuxième tête de la compagnie. Michael Caldwell, Jennifer Dahl, Mairi Grieg, Yuichiro Inoue, Michael Marye, Won Myeong Won, Heather Ogden, et le chorégraphe lui-même.

Une folie de big band

Pour ajouter à l'exubérance, Bill Coleman ne voulait rien de moins qu'un big band: des musiciens live, et de préférence fous. «Le Sun Ra Arkestra est le big band à la plus grande longévité (voir le texte de Serge Truffaut ci-contre). Les musiciens ont entre 20 et 86 ans, et, s'ils touchent à l'électronique, aux standards jazz et à l'avant-garde, la façon dont ils déploient la musique ne ressemble à rien d'autre», poursuit le chorégraphe.

Il fallait, pour cet hymne à la joie, une forme éclatée, et Coleman Lemieux & Compagnie transforme la Cinquième salle de la Place des Arts en cabaret. «Comme pour les écrits de Chardin, comme pour la musique de Sun Ra, il fallait que tout soit interconnecté et que les interprètes puissent se joindre et se lier au public.» Présenté déjà en 2008 à Toronto, le spectacle s'est glissé dans les top ten des événements danse du journal Toronto Star cette année-là, et le magazine Eye Weekly lui a donné la palme du Best Live Music.

Spectacle de danse, bonbon pour l'oeil ou soirée musicale? Cela reste à voir.

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Hymn to the Universe
De Bill Coleman. Une production Coleman Lemieux & Compagnie, avec sept danseurs et les musiciens du Sun Ra Arkestra, présentée à la Place des Arts, du 1er au 11 décembre.