Prix Denise-Pelletier - Marie Chouinard a la danse devant elle

Catherine Lalonde Collaboration spéciale
Marie Chouinard
Photo: - Le Devoir Marie Chouinard
Le prix Denise-Pelletier vient souligner l'ensemble de l'oeuvre de Marie Chouinard: quinze ans d'abord et une trentaine de solos, et, sous l'étiquette de la compagnie, encore vingt ans et quinze oeuvres. Un livre de poésie. Des films. Des scénographies aussi pour ses pièces, des éclairages. Si elle s'exprime surtout par la danse, Marie Chouinard est une touche-à-tout. «La création, c'est le passage à l'acte, explique pensivement l'artiste, parfois pesant longuement chaque mot, parfois répondant vivement du tac au tac. C'est faire s'incarner une intuition. Il faut beaucoup, beaucoup de travail pour qu'à la fois cette intuition se révèle, qu'elle s'ouvre d'elle-même, et pour la communiquer.»

C'est par la peinture que Marie Chouinard a eu ses premiers coups de foudre artistiques. «Je pratiquais la danse parce que c'était extraordinaire pour mon être, mais je la trouvais inintéressante artistiquement, avoue-t-elle. Le lien s'est fait beaucoup plus tard, vers vingt et un ans.» C'est là, et avec le solo Cristallisation, qu'elle découvre qu'elle peut dire, par la danse, quelque chose qui lui est propre. Elle ne cherche alors ni à choquer, ni à déstabiliser, mais elle n'hésite pas à passer par ces voies pour trouver l'unicité de son langage, quitte à flirter avec la performance. Le choc que provoque sa vision lui vaudra le surnom de Marie Chien Noir, qu'elle récupérera comme titre de solo en 1982.

Avec Les Trous dans le ciel, en 1991, Marie Chouinard passe à l'écriture de groupe. Depuis ses débuts, «absolument rien n'a changé dans ma vision de la danse, affirme résolument l'artiste. J'ai toujours cette démarche d'être au service d'une chose qui doit être révélée, une chose que seule moi je peux dire de cette manière. C'est un rôle de médium, être le passage, le vaisseau, et j'avoue que j'ai cette impression que, si je ne le fais pas, ça n'existera pas. Il n'y a jamais eu de rupture d'une de mes oeuvres à une autre, même si chacune présente une facette différente. Même des solos à la compagnie, il n'y a pas eu de rupture. C'est comme écrire pour le piano ou pour un orchestre, c'est la même écriture! Et, dans le piano, il y a déjà l'orchestre», illustre-t-elle.

Tout l'oeuvre

Pour les vingt ans de la compagnie, presque toutes les pièces de groupe de Marie Chouinard sont représentées à Montréal, plusieurs dans le cadre de Danse Danse. Les Trous du ciel et Étude no 1, Orphée et Eurydice et bODY_rEMIX/les_vARIATIONS_gOLDBERG seront à la Place des Arts en avril prochain. Le solo Les Feux dans la nuit sera repris par Manuel Roque au Théâtre La Chapelle en mai. Et on pourra enfin voir LE NOMBRE D'OR (LIVE), dernière création, à Montréal en novembre 2011, pour clore les célébrations. «C'est un peu comme si on était en tournée à Montréal!», se réjouit Marie Chouinard.

COMPAGNIE_MARIE_CHOUINARD_COMPANY, livre publié par les éditions du Passage, vient tout juste de sortir. Et la grande dame elle-même danse son solo Gloires du matin, à 8h, invitant les spectateurs dans son studio de la rue de l'Esplanade, les 25 et 26 novembre.

Il y a un style Marie Chouinard: les dix danseurs de la compagnie sont généreux, articulés, forts en technique, en autorité et en présence. Plusieurs des interprètes qui ont tâté le matériel de Chouinard sont devenus des artistes importants, comme danseurs ou chorégraphes, qu'on pense à Dominique Porte, José Navas, Heather Mah, Andrew

Harwood, Benoît Lachambre. Maintenant, Carol Prieur, qui est de la compagnie depuis 15 ans et vient d'être nommée danseuse de l'année par le magazine allemand TANZ, Lucie Mongrain et James Viveiros sont parmi les piliers. Que faut-il, pour être un danseur Chouinard? «Une grande virtuosité du bougé, mais sans maniérisme, car souvent la virtuosité vient avec des tics, comme des ports de tête. Les danseurs doivent être avides, curieux de découvertes, de remises en question: danser doit faire partie de leur quête, de leur vie, être une recherche de profondeur», analyse la rousse chorégraphe.

À cinquante-cinq ans, Marie Chouinard ne pense pas une seconde à arrêter. Bien au contraire. «À 120 ou 121 ans, je suis morte, il me reste donc jusqu'à 95 ans pour créer, ça me laisse encore 40 ans, se réjouit-elle, et, avec l'expérience, je suis plus rapide. Oh my God!, je veux faire encore beaucoup plus de pièces!» Elle ne pense pas à la relève chorégraphique, n'a pas l'intention de transmettre le relais. «On ne prend pas le relais de Basquiat. On ne prend pas le relais de Picasso. Il y aura d'autres créateurs, après. La vie fera vivre mes chorégraphies. Un Matisse, ça ne meurt pas», conclut-elle fermement.

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