Danse - Sankai Juku: l'écho du temps, jusqu'aux os

Ushio Amagatsu dans Hibiki<br />
Photo: Source Danse danse / Masafumi Sakamoto Ushio Amagatsu dans Hibiki

Le butô de Sankai Juku revient posséder le Théâtre Maisonneuve. Dans Hibiki (Lointaine résonance), six danseurs, poudrés de blanc, quasi spectraux, fondent leurs corps à l'écho du temps. Ondes et vagues humaines.

Hibiki (Lointaine résonance), c'est «l'écho lointain, la continuité de la vie qui vient de loin dans le temps,» explique le chorégraphe japonais Ushio Amagatsu. La pièce, qui a récolté à Londres le prix Laurence-Olivier 2002 de la meilleure création chorégraphique, s'inspire de la résonance. De l'onde de choc, de sa répercussion, du relâchement après le heurt, de la disparition de la vague. Mais aussi de ce qui peut rester dans le corps comme traces des temps passés, ancestraux mê-me. «Le bruit de la circulation du sang dans le ventre de la mère ressemble au mouvement des vagues. C'est la première résonance qui nous parvienne,» écrit le chorégraphe, attaché aux thèmes spirituels, qui voit sa danse comme un rituel.

Dans Hibiki, six danseurs se meuvent en six tableaux, travaillent la gravité, le rapport au temps, l'invisible et l'indicible chers à Amagatsu. Le chorégraphe pense et conçoit l'environnement scénique, toujours visuellement impressionnant. Et il danse. Chacun, dans la troupe, s'occupe, de façon rituelle, à chaque représentation, de ses costumes et ses accessoires, reléguant les techniciens au rang de spectateurs.

Du cauchemar à la lumière

Ushio Amagatsu est de la deuxième génération de créateurs de butô. Cette danse-cauchemar, née en réaction réflexe sale et provocante à la Seconde Guerre mondiale, Amagatsu en fait une danse de lumière. Il garde l'essence: la recherche de la pleine conscience de chaque mouvement, la profondeur de l'incarnation, la lenteur imposée par cette concentration, les formes sans tension loin des carcans des techniques occidentales. Ses danseurs, toujours des hommes chez Sankai Juku, sans que le chorégraphe dise pourquoi, bougent comme dans un rêve, dans une invisible eau. Dans ce qu'Amagatsu appelle le «flot de la conscience». À ce travail physique fin, Amagatsu rajoute l'impact visuel. Pluies de sable, paon sur scène, chutes de poudre de riz, eau, couleurs et éclairages riches composent ses scénographies esthétisantes, japonisantes et imposantes.

«Pour moi, précise Amagatsu, via interprète, en entrevue téléphonique, la différence de culture comme l'universalité sont importantes. Ce sont les deux éléments qui se retrouvent sur le plateau de ma balance, qui m'importent dans la création. Vous voyez la spécificité de notre danse et de notre culture dans le travail de Sankai Juku. Mais il nous faut arriver à dépasser cette particularité pour atteindre l'universel.» Sankai Juku — qui signifie «le studio de la montagne et de la mer» — ramène ainsi sa cérémonie physique. Retour de la troupe, quatre ans après le dernier passage ici avec l'aqueux Kagemi, inspiré de l'art nippon de la composition florale.