Testament et danses autour d'un piano

Nearly 902 , du chorégraphe américain Merce Cunningham.
Photo: Anna Finke Nearly 902 , du chorégraphe américain Merce Cunningham.

Aux épopées théâtrales d'Ivo van Hove et de Wajdi Mouawad répond celle du chorégraphe américain Merce Cunningham. Fin de l'épopée de toute une vie de création, Nearly 902 est la dernière œuvre du père de la danse contemporaine, décédé l'été dernier. La pièce créée en avril 2009, puis remaniée pour la tournée d'adieu de la Merce Cunningham Dance Company, dont Montréal est le seul point de chute, ouvrira ce quatrième FTA. Comme quoi la fin, c'est aussi le début...

La danse se fait aussi revendicatrice avec More More More... Future, du Congolais Faustin Linyekula, concert chorégraphique à l'énergie punk, fondé sur les poèmes d'un prisonnier politique de Kinshasa. Poussières de sang complète ce bref regard africain, dénonciateur de toutes les violences, et marque le retour de la compagnie burkinabée Salia ni Seydou. Du Québec, on peut joindre à cette veine plus politique Golpe («coup d'État», en espagnol), de Tammy Forsythe.

Dans l'ensemble, toutefois, le volet danse du FTA (même si celui-ci invite à ne plus diviser les genres) manque un peu d'«oumf» cette année. Les grands rendez-vous le sont souvent en référence à un passé: Cunningham avec son testament, O'Vertigo qui continue de se rapprocher du corps et de l'humain en magnifiant, dans Onde de choc, les pulsations — du coeur et de la vie — qui nous animent, et le retour de Saburo Teshigawara...

Les dix ans d'absence qui nous séparent de la dernière apparition de ce grand maître japonais sur nos scènes nourrit l'excitation de le voir incarner Miroku, du nom du futur bouddha... Même Louise Lecavalier en profite pour incarner A Few Minutes of Lock, clin d'oeil à sa longue et fructueuse collaboration avec La La La Human Steps.

Autour d'un piano


Restent quelques rencontres inédites qui, curieusement, tournent souvent autour d'un piano. Chutes incandescentes met en scène la jeune interprète Clara Furey aux talents multiples — dont celui de pianiste — dans une chorégraphie de Benoît Lachambre, singulière alliance.

Inconnue de ce côté-ci de l'Atlantique, la chorégraphe portugaise Tânia Carvalho tire les fils de la danse depuis son piano dans From me I can't escape, have patience!, étude sur l'interdépendance de la musique et de la danse. Elle subit en retour l'influence des danseurs tantôt soumis, tantôt rebelles à son diktat musical.

Un piano trône aussi dans Portrait, qui marque la venue à Montréal d'une des figures les plus anticonformistes de la scène canadienne, D. A. Hoskins, du Dietrich Group. Le duo mêle le texte, les projections visuelles et vocalisations pour aborder l'émergence du geste créateur et la multiplicité des sources d'inspiration. La surprise chorégraphique viendra-t-elle du Canada anglais?