Danse - Zab Maboungou: danser avec les ombres et la ville

«Je suis une Africaine, je fais de la danse africaine contemporaine.» Si elle est à Montréal depuis plus de 30 ans, pas question pour Zab Maboungou, Congolaise d'origine, de céder au discours sur le métissage des styles et cultures. Avec Montréal by night, pour cinq interprètes, elle fait danser les corps, les ombres et la ville.

«Je suis une métisse, sur le plan biologique comme culturel. J'ai vécu partout et je n'ai jamais joué la carte du métissage. C'est une mode, comme toutes les modes...» Bien au contraire, la tête de la compagnie Danse Nyata Nyata affirme ses racines africaines, profondément.

Après Dé/libérés, son dernier solo créé l'an dernier, elle cède la scène et dessine un quintette. Une façon de faire propre à son parcours qui alterne pièces de groupes et solos. «Je m'inspire des musiques africaines traditionnelles, de cette structure question-réponse qu'on retrouve dans la musique à rythme. Une structure qui permet la circularité dans la manière de concevoir la musique et que j'applique à la façon dont je pense la chorégraphie.» Un système qui fonctionne bien pour elle et qui permet toutes incartades, «car je peux le court-circuiter sans trahir le principe. Il peut y avoir une réponse compliquée à une question compliquée, comme il peut y avoir une asymétrie».

Aussi philosophe de formation et professeure, Maboungou a sur sa danse une pensée claire et des réponses sûres. Elle signe, autres cordes à son arc, les costumes et la musique de Montréal by night. Pour elle, le rythme est l'os de la danse. Inséparable de l'acte même. «Je travaille avec des danseurs d'origines et de formations différentes. Donnez-moi des corps divers, je fais le pari de faire quelque chose avec ça! Là, je fais une ville. Une ville comme métaphore et comme réalité. Je regarde les corps habitants. Comment ils parcourent le lieu, mais aussi comment le lieu les parcourt.»

À ses danseurs, elle dit: «Ne faites surtout pas ce que vous savez faire! Il faut s'inventer chaque fois, reprendre le risque. Et le paradoxe, c'est en même temps de s'adresser à ce que l'on sait faire, pour extirper quelque chose de soi.» Et ce «by night», dans le titre? «J'adore la nuit, j'y vis, j'y travaille, j'aime la solitude nocturne», admet celle qui connaît ses sommets d'inspiration entre 3h et 4h du matin. «Il y a aussi mes origines culturelles: en Afrique, la nuit est importante. On se retrouve, des centaines, pour danser, à l'extérieur. On peut être 200 à danser, sans se marcher sur les pieds. Les ombres deviennent une référence essentielle. Et on danse avec elles.»

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Collaboratrice du Devoir