Danse - Danser pour Lock ou pour Céliiiiiiiiiiiine ?

Il y a les danseurs de Céliiiiiiiiiiiine, du Casino, de So You Think You Can Dance. Et ceux des Grands Ballets, de Marie Chouinard ou d'O'Vertigo. Deux races différentes? Entretiens avec ceux qui sautent la clôture de la «danse commerciale».

Sa victoire à l'émission So You Think You Can Dance Canada a fait de Nico Archambault un pur produit de la danse commerciale. «Il y a en danse un snobisme envers tout ce qui est commercial, dit celui qu'on a vu dans le clip Make Me de Janet Jackson. J'ai l'impression qu'en danse, soit tu fais de l'argent, soit tu fais de l'art. On peut chercher une qualité et une profondeur tout en gagnant sa vie. La danse contemporaine pourrait se risquer à être plus accessible et la danse commerciale à oser le contenu.» Serré dans l'image du «pretty boy familial» collée par la télé, Archambault croit que l'imagerie pop desserre la danse même. «Ce serait extrêmement intéressant d'ajouter de la danse à des vidéos plus rock, plus indy... Ça n'a pas toujours à être un "dancing chorus", ni pop-star, ni sur le même genre de musique...»

De Lock à Céliiiiiiiiiiiine au CdS

Naomi Stickeman, formée au ballet, a brillé dans Amelia, de La La La Human Steps. Travailler avec Edouard Lock a été «un sommet de carrière. Mais La La La [l'a] consumée». À 32 ans, dans le répit avant la création d'Amjad, Stickeman rend les armes. «Je n'avais plus envie de faire la tournée, et à un certain niveau, en contemporain, tu n'as pas le choix. J'étais fatiguée, j'avais fait le tour du monde plusieurs fois.»

Elle se présente, pour rencontrer Franco Dragone, aux auditions du spectacle de Céline Dion. À la dernière, dernière minute. «Ils ont tenu trois jours d'audition, je suis arrivée la dernière journée, vraiment très en retard. J'ai menti — c'est la seule fois que j'ai fait ça — en disant que j'avais été retenue en répétition...» Entrée au moment où Dragone prend le contrôle de l'audition, Stikeman est charmée par l'enthousiasme, le jeu et le partage des bons coups. Un an plus tard, elle décolle pour Las Vegas et A New Day. «J'étais curieuse de voir comment se monte un spectacle aussi énorme, dit-elle de son accent anglais, de voir comment une diva comme Céline travaille. On a été vraiment bien traités, avec une rare humanité.»

Après avoir bougé pour Ginette Laurin et Dave St-Pierre, Marie-Ève Quilicot se retrouve dans Love, du Cirque du Soleil. La différence? L'exigence physique. «Deux spectacles par jour, cinq jours par semaine, pendant trois ans. Avec un show où tu fais du gumboots, du contemporain, du house, des passes acrobatiques qui demandent toute ta concentration et, à la fin, des pointes... J'ai vite compris que donner 100 % à chaque show était utopique et que je devais doser si je voulais résister deux ans. Le soir de la deuxième, j'étais si épuisée, j'avais du mal à lever ma bouteille d'eau. Alors qu'à la fin du contrat j'étais enceinte, on répétait pour les Grammys, je faisais mon entraînement de Pilates en plus des spectacles. À un moment, le corps comprend.»

Deuxième différence? Le lien avec le public. Quilicot: «La salle est immense! Il faut projeter énormément pour atteindre les 2500 spectateurs.» Naomi Stickeman, auprès de Céline Dion, a vu que «l'adrénaline fait une différence remarquable. C'est un concert, le public réagit 1000 fois plus qu'à un spectacle de danse. Les gens crient pendant que tu danses, c'est l'fun»!

Tâter du commercial

À Las Vegas, Quilicot attendait un public avide de seul divertissement. «Mais les Beatles les ramenaient à leur enfance. On voyait les spectateurs pleurer.» Malgré la répétition du matériel, l'expérience artistique est riche. «Il a fallu que je garde mon personnage vivant pendant deux ans. J'ai rencontré des artistes extraordinaires, de partout dans le monde, j'ai eu la chance d'apprendre d'eux.» Que ce soit au Cirque ou avec Dragone, les équipes cherchent à nourrir les danseurs en échangeant les rôles, en ajoutant, en peaufinant, en répétant. «Ils te gardent "on the edge".»

Pour Naomi Stickeman, l'expérience auprès de Céline Dion a été, par la bande, des plus fructueuses. «Je suis restée cinq ans, c'est que c'était vraiment joyeux!» Pour protéger ses cordes vocales, la chanteuse s'accorde des périodes de répit, souvent deux semaines par mois. À ces temps libres s'ajoute un salaire avenant — «c'est la première fois que j'étais aussi bien payée» — et Stikeman, tout en dansant, est retournée à l'école, a appris la réalisation, a tourné des films et préparé son spectacle, Çaturn, présenté en 2008 et 2009 à Danse Cité.

Et ce snobisme du contemporain dont parlait Nico Archambault? Niet côté Stickeman. «Mes copains savaient que j'avais déjà réalisé mes rêves de contemporain.» Ils sont plusieurs danseurs à tâter du commercial. Dave St-Pierre était de Notre-Dame-de-Paris et a chorégraphié pour Love. Esther Gaudette a dansé pour Isabelle Van Grimde, Daniel Léveillé et Paradis perdu. Alain Francoeur signe ses propres chorégraphies et d'autres pour le Cirque Éloize.

L'École nationale de cirque recrute régulièrement chorégraphes et professeurs, et Catherine Tardif et Estelle Clareton y sont passées. Des exemples parmi d'autres. Ce qui n'a pas empêché Marie-Ève Quilicot de se faire dire qu'elle «voulait juste faire de l'argent». «Les gens ne réalisent pas tout ce que j'ai acquis sur cette scène... Il n'y a plus aucune tournée qui me fait peur maintenant», dit celle qui reprend justement la route avec Dave St-Pierre. «Ça faisait longtemps que je n'avais pas eu de "rush" avant de monter sur une scène. Au Cirque, le trac a fini par disparaître.»

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Collaboratrice du Devoir