Danse - Quand la télé fait danser

La danse fait un tabac à la télé depuis quelques années. Cette frénésie télévisuelle s'est transformée en phénomène social, remplissant les classes de hip-hop ou de musique de ballroom. Qu'en est-il de la scène professionnelle?

Au Canada, la finale de la deuxième saison de So You Think You Can Dance (SYTYCD) attirait 1,5 million de téléspectateurs... contre 150 millions aux États-Unis, où l'émission cartonne depuis 2005, huit millions en Pologne et combien d'autres en Australie, en Turquie ou en Israël. Et ce n'est qu'une émission parmi la soixantaine que répertorie Wikipédia.

Par vague

Le Québec vit aussi sa Fièvre de la danse à TVA, et attirait un million d'accros avec son Match des étoiles entre 2005 et 2009. Le phénomène a multiplié les adeptes de danse. «Quand on présentait un numéro de danse africaine, se souvient Monik Vincent, ex-chorégraphe en chef du Match des étoiles, il y avait des inscriptions en danse africaine dans les jours et les semaines qui suivaient.»

Et l'engouement ne fléchit pas. L'école de danse Louise Lapierre vient d'ouvrir — en septembre dernier, en pleine récession — quatre studios satellites en périphérie de Montréal.

«Les écoles nous sollicitent beaucoup, dit Mme Lapierre, qui fraye dans le milieu depuis 45 ans. De nouvelles écoles de danse ont ouvert leurs portes et celles qui existent ne suffisent plus à la demande. On vit une belle vague ascendante.»

Car il y en a eu d'autres et le phénomène n'est pas nouveau. Louise Lapierre créait les chorégraphies de la populaire émission RSVP animée par René Simard dans les années 80. Elle fondait son école en 1973, en pleine éclosion du ballet jazz et de la «dance fever».

La vague actuelle a ceci de particulier qu'elle combine plusieurs facteurs, dont la télé et un contexte propice à faire boule de neige et pas de bourré. Mme Lapierre parle d'une «convergence» entre le discours de santé publique qui incite au plaisir de l'exercice, la vitalité de la danse professionnelle, l'explosion des festivals et des événements organisés par les entreprises.

Reste que le rendez-vous télévisuel a démystifié la discipline chorégraphique, surtout dite plus commerciale, dont les praticiens sont soudain passés à l'avant-scène. Beaucoup de préjugés, du coup, sont tombés. «Ç'a une grande influence, dit Geneviève Dorion-Coupal, qui revient de la Pologne où elle chorégraphiait des numéros de la cinquième saison de SYTYCD. D'avoir les danseurs au premier plan, ça change la perspective, on comprend c'est quoi le métier de danseur et sa complexité.»

En conviant autant le ballet que le ballroom ou le contemporain, le petit écran a surtout mis en valeur une danse plurielle, à l'abri de la sempiternelle hiérarchie entre les genres. «Ç'a tué les écoles de pensée qui voulaient qu'un style soit meilleur ou plus honorable qu'un autre», estime Mme Lapierre.

Une frontière plus floue

Mais la fameuse vague déferle-t-elle surtout dans l'univers de la danse dite commerciale, vue à la télé ou dans les comédies musicales? Ou touche-t-elle aussi la danse contemporaine plus puriste?

«Depuis SYTYCD, je donne beaucoup plus de stages de danse contemporaine à l'étranger», répond sans hésiter Mme Dorion-Coupal, qui évolue dans les deux pôles en plus de mener la danse des comédies musicales comme Michel Fugain et le Big Bazar et Sweet Charity. «Je sens la différence. Je me suis butée à un mur pendant des années à essayer de changer les choses, mais les producteurs et metteurs en scène [de comédies musicales] me disaient: "Non, on veut trois danseurs qui dansent derrière la fille qui chante." Là, on a plus de place comme danseur et on laisse plus de place à la créativité du chorégraphe.»

Les deux univers se rejoignent un peu plus. Des danseurs sautent d'ailleurs la clôture (voir texte ci-contre). Le décloisonnement des disciplines artistiques, le théâtre qui flirte avec la danse, laquelle fusionne le hip-hop au ballet, y contribue. «Dès qu'on dit que c'est un concours, qu'il y a un public, que c'est des jeunes et de la télé, pouf! on met ça dans une case, s'exclame celle qui vient de signer trois duos contemporains pour SYTYCD. Si je mets le même duo dans les mains de deux danseurs d'Édouard Lock, sur une autre musique, à la PdA, ça va prendre une couleur plus contemporaine.»

De là à affirmer que la télé fera danser les compagnies contemporaines Flak ou La 2e Porte à gauche dans de meilleures conditions, il y a un pas qu'on ose plus rêver que franchir pour l'instant. Les danseurs demeurent les artistes les moins rémunérés, avec un salaire moyen de 15 000 $ par année.

«Est-ce que ça va amener plus de spectateurs à la danse contemporaine? Peut-être un peu, à moyen ou long terme, dit Lorraine Hébert, du RQD, en reconnaissant un rôle indéniable à la télévision. «Si la danse s'est développée au Québec, c'est parce que tous les dimanches on avait les ballets de Ludmilla Chiriaeff et les spectacles [de variétés] de Michel Comte.»
2 commentaires
  • Eleonor GOSSELIN-LECABEL - Inscrit 27 juillet 2010 13 h 07

    DANSONS L'AMOUR

    Que la vie danse à la télé ou ailleurs c'est l'amour qui s'exprime !
    Eléonor.