Danse - Violences monotones

Ça se veut cru, rentre-dedans. Les peaux claquent, les corps se lancent l'un contre l'autre. Ça s'appelle Foutrement et c'est la première chorégraphie longue forme de la jeune Virginie Brunelle.

Cette dernière a frappé fort aux Danses buissonnières 2008 avec Les cuisses à l'écart du coeur, y récoltant l'appui des critiques et le mentorat de l'irrévérencieux Dave St-Pierre.

Foutrement aborde l'adultère, l'éternel triangle: un gars, deux filles. Un triangle qui tient ici plus du cul et du cru que de l'amour. Sans aller au-delà des clichés du genre. En sous-vêtements blancs, les muscles découpés, pointes aux pieds, les filles attendent, l'une après l'autre, l'homme, pour pouvoir bouger. Souffrantes, quasi statufiées hors sa présence. Et encore, quand il y est, elles ne sont que soulevées, constamment, dépendantes de lui pour se mouvoir.

Portés hauts et violents, chairs qui se fouettent, simulation de coït, mouvements de bassin, mains aux fesses et aux seins, souffles forcés: le matériau chorégraphique est très limité. Certaines images et ruptures frappent solidement. Les interprètes tiennent la pièce avec fougue. Mais comme Brunelle retire l'affect pour exposer le sexe, sans érotisme et sans désir, le spectateur finit par se désintéresser de ce sacrifice affectif vain. Les rapports sont bruts et brutaux, sans variante, carrément machos, sauf dans le duo au mur où enfin les poids sont également transférés. La construction monocorde, dans le rythme, les dynamiques et la gestuelle, fait de Foutrement une pièce monotone de violence.

C'est du bien triste cul que Brunelle met en scène. Se pose alors une question: serait-on devant un phénomène générationnel? Car les mêmes faiblesses et forces se retrouvent chez Francis Ducharme, Sophie Dalès et Clara Furey. Des danseurs diablement fougueux, inspirés par Dave St-Pierre, qui créent des expositions de douleurs intimes. Essentiellement autour de leurs amours ratées. Pas d'explications, pas de motivations, impossible de s'en sortir: jeunesse désespérée, glacée dans ses petits bobos. Pas, non plus, l'impudeur d'une autofiction vraiment frontale.

Foutrement s'inscrit dans cette lignée de narcissiques gothiques. La colère, le désespoir et la violence n'y sont plus des motivations, mais des fins en soi. Pour dénoncer la vacuité des rapports contemporains? Alors, ça ne fonctionne pas. Par manque de plongée, d'ampleur de vision? Alors, il faut attendre avant de juger. Mais pourquoi cette violence constante de la forme? Est-ce là l'effet des écrans, flashs d'Internet, impact YouTube et nécessité d'un effet à la seconde?

Foutrement est une pièce cohérente, portée avec vigueur par sa distribution — plus égale en talent et en technique que ce qu'on avait vu dans Gastro affective, et du coup plus efficace. Quelques portés tiennent de la trouvaille. L'utilisation de tous les plans de l'espace — mur, portes — est intéressante. Les jeux sonores, subtils avec les accessoires, grossiers et redondants avec le bruit des corps, sont prometteurs. C'est déjà beaucoup pour une première chorégraphie longue. Mais le manque de profondeur empêche qu'on rallie les voix qui élisent Brunelle comme phénomène de sa génération. Reste encore à voir si elle peut, au-delà des clichés et des effets, plonger réellement dans une pensée et la faire évoluer.

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Foutrement
De Virginie Brunelle. Avec Isabelle Arcand, Claudine Hébert et Simon-Xavier Lefebvre.
À La Chapelle jusqu'au 10 avril.

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Collaboratrice du Devoir

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