Danse - Une danse échafaudée sur la musique

Une scène de Breu de la compagnie Grupo Corpo
Photo: José Luiz Pederneiras Une scène de Breu de la compagnie Grupo Corpo

Toute la danse et le processus créatif de la compagnie brésilienne Grupo Corpo y prennent leur source: la musique. Et d'abord dans la collaboration avec ses compositeurs, le plus souvent brésiliens, que la troupe choisit toujours à la suite d'un coup de foudre.

«On les choisit parce qu'on a beaucoup d'admiration pour eux, résume, en entrevue téléphonique, le chorégraphe de la compagnie, Rodrigo Pederneiras. Pour nous, c'est important de travailler avec de la musique spécialement composée pour la danse. Je commence le travail chorégraphique avec le compositeur. Tout part de zéro et la pièce, je crois, devient plus forte.»

Ici, l'engouement est venu du côté de Tom Zé et José Miguel Wisnick, qui signent la trame sonore de Parabelo (1997), et d'Oswaldo Lenine Macedo Pimentel, dit Lenine, qui a concocté la musique du plus récent Breu (2007).

À quelques exceptions près, toutes les oeuvres de Grupo Corpo sont créées sur de la musique brésilienne, de Caetano Veloso à Tom Zé en passant par Arnaldo Antunes et Joao Bosco. Fierté nationale? On pourrait le croire puisque la définition d'une identité liée à la culture nationale fait partie des objectifs que s'est donnés la troupe à sa fondation en 1975, alors que le ballet européen prédominait dans les académies de danse du pays.

«Ce n'est plus le cas maintenant», corrige M. Pederneiras, même si Parabelo demeure la plus brésilienne et la plus régionale des pièces de Grupo Corpo. «Parabelo est un splendide témoignage de la force expressive de la danse, de notre danse, celle qui n'appartient à personne d'autre», a-t-il déjà affirmé, selon les documents promotionnels fournis par la compagnie.

Les chants du Nordeste

Le chorégraphe estime que Grupo Corpo se caractérise désormais par une écriture chorégraphique intimement liée à celle de la musique. La musicalité de la danse de Pederneiras a d'ailleurs déjà été comparée à celle de Jiri Kylian, avec bien sûr cette emblématique mixité stylistique qui puise dans les danses classique, moderne, africaine, dans la capoeira, autant que dans les danses urbaines propres au Brésil.

Parabelo est pétri des chants et rythmes de la région du Nordeste. «L'intérieur de cette région est très pauvre, la vie y est très dure, mais en même temps, l'art qu'ils produisent là-bas est toujours plein de couleurs et de joie. Parabelo parle de ce paradoxe.»

Le bricoleur sonore Tom Zé relève «deux types récurrents de chants, issus du temps circulaire du mythe: le chant de travail et le chant de dévotion», selon les documents de la troupe. Au coeur de la partition, le sertajeno, genre musical populaire et rural qui s'apparente

au country.

Breu, qui signifie noirceur, se démarque des pièces habituellement colorées et enjouées de la compagnie. Elle souligne un tournant stylistique plus récent, qui remonte à Onqotô (2005), et aborde le problème de la violence quotidienne au Brésil.

«Le plus souvent, les danseurs se jettent au sol les uns contre les autres, et il y a des moments qui sont plus libres, presque improvisés», explique le chorégraphe.

Ironiquement, la composition assez sombre et chargée de Lenine repose à la base sur des bruits émis par des jouets d'enfants. S'y entrechoquent le caboclinho du Nordeste et le hard rock, le cor anglais et le derbak (une percussion arabe), la flûte médiévale occitane des Fabulous Troubadors de Toulouse et la batterie d'Iggor Cavalera, ex-membre du groupe métal Sepultura.

La compagnie de vingt danseurs revient ainsi pour la troisième fois à Montréal, à l'invitation de Danse Danse. Après le coup de foudre du public en 2002, les déhanchements con-tagieux et les ondulations singulières de cette troupe fondée en 1975 par la famille Pederneiras faisaient mouche à nouveau en 2006.

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Breu et Parabelo de Grupo Corpo, le 5 avril au Grand Théâtre de Québec; du 7 au 11 avril au théâtre Maisonneuve de la Place des Arts; le 13 avril au Centre culturel de Sherbrooke.